
L’analyse financière d’une entreprise nécessite des outils performants pour décrypter la formation du résultat et identifier les leviers de performance. Le tableau des soldes intermédiaires de gestion représente l’un des instruments les plus précieux à la disposition des dirigeants, comptables et analystes financiers. Cet outil comptable permet de décomposer méthodiquement le résultat net en plusieurs étapes significatives, révélant ainsi la contribution de chaque activité à la rentabilité globale de l’organisation.
La construction d’un tableau des SIG demande une maîtrise technique approfondie des normes comptables françaises et une compréhension fine des enjeux de gestion. Cette approche analytique transforme le compte de résultat en véritable tableau de bord stratégique, offrant une vision granulaire des performances opérationnelles, financières et exceptionnelles de l’entreprise.
Définition et architecture comptable du tableau des soldes intermédiaires de gestion
Le tableau des soldes intermédiaires de gestion constitue un document de synthèse qui structure l’analyse du compte de résultat en neuf indicateurs clés. Cette décomposition progressive permet d’identifier précisément l’origine de chaque composante du résultat net, depuis la marge commerciale jusqu’au bénéfice distributable aux actionnaires.
L’architecture du tableau repose sur une logique de cascade analytique où chaque solde intermédiaire utilise les éléments du solde précédent, enrichis de nouvelles composantes. Cette construction séquentielle offre une lecture stratifiée de la performance, isolant tour à tour les effets de l’activité commerciale, de la production, de la politique salariale, des choix d’investissement et de financement.
Structure normative selon le plan comptable général français
Le Plan Comptable Général français définit précisément la structure des soldes intermédiaires de gestion à travers l’article 842-1, récemment modernisé par le règlement ANC n°2022-06. Cette évolution réglementaire, applicable depuis janvier 2025, apporte des modifications substantielles dans la présentation des éléments exceptionnels et des cessions d’immobilisations.
La nouvelle réglementation intègre désormais les produits de cession d’immobilisations corporelles et incorporelles (compte 757) directement dans le résultat d’exploitation, contrairement à l’ancienne classification en résultat exceptionnel. Cette modification améliore la comparabilité intersectorielle et reflète mieux la réalité économique des opérations de désinvestissement.
Les transferts de charges, précédemment intégrés aux calculs, disparaissent de la nouvelle présentation. Cette simplification élimine les distorsions comptables et renforce la lisibilité des indicateurs pour les utilisateurs non-spécialistes.
Articulation avec le compte de résultat et la liasse fiscale 2065
L’articulation entre le tableau des SIG et le compte de résultat s’opère par correspondance directe des postes comptables. Chaque ligne du compte de résultat trouve sa place dans l’un des neuf soldes intermédiaires, garantissant l’égalité mathématique entre le résultat net du compte de résultat et celui obtenu par la cascade des SIG.
La liasse fiscale 2065 comprend un tableau spécifique (2052) dédié aux soldes intermédiaires de gestion, facilitant le contrôle fiscal et la comparaison avec les données sectorielles de l’administration. Cette intégration réglementaire souligne l’importance accordée par les pouvoirs publics à cet outil d’analyse.
Les retraitements fiscaux, notamment ceux liés à l’IS
Les retraitements fiscaux, notamment ceux liés à l’IS, peuvent créer des écarts temporaires entre le résultat comptable et le résultat fiscal, mais ils ne remettent jamais en cause l’égalité entre le résultat net du compte de résultat et le dernier solde du tableau des soldes intermédiaires de gestion. Lors de la construction d’un tableau des SIG à partir de la liasse fiscale 2065, il est donc essentiel de repartir du résultat comptable (case XG du formulaire 2052), puis de ventiler les postes selon la nomenclature PCG, sans tenir compte des réintégrations et déductions fiscales. En pratique, de nombreux logiciels de production des liasses proposent une extraction directe du tableau des SIG, qu’il conviendra néanmoins de rapprocher du compte de résultat pour sécuriser la cohérence des montants.
Différences méthodologiques entre SIG et tableaux de flux de trésorerie IFRS
Le tableau des soldes intermédiaires de gestion et le tableau de flux de trésorerie IFRS poursuivent un objectif commun : éclairer la performance économique de l’entreprise. Toutefois, leur logique de construction diffère profondément. Le tableau des SIG est un outil d’analyse du résultat fondé sur une approche en droits constatés, tandis que le tableau de flux de trésorerie IFRS (IAS 7) s’intéresse exclusivement aux mouvements de trésorerie effectifs.
Concrètement, les SIG décomposent le compte de résultat en neuf niveaux successifs (marge commerciale, valeur ajoutée, excédent brut d’exploitation, résultat d’exploitation, etc.), sans tenir compte du décalage entre encaissements et décaissements. À l’inverse, un tableau de flux IFRS reclassera les mêmes opérations selon trois axes – activités opérationnelles, d’investissement et de financement – et réintégrera des éléments purement non monétaires comme les dotations aux amortissements. On pourrait comparer les SIG à une radiographie de la rentabilité, quand le tableau de flux IFRS ressemble davantage à un relevé de mouvements bancaires agrégés.
Autre différence méthodologique majeure : le périmètre de consolidation. En IFRS, le tableau de flux de trésorerie est généralement établi sur des comptes consolidés incluant filiales et entités contrôlées, alors que le tableau des SIG est le plus souvent établi en comptes sociaux, société par société, sur la base du PCG. Pour un groupe, il est donc fréquent de disposer simultanément d’un tableau des SIG (vision juridique et fiscale) et d’un tableau de flux IFRS (vision économique consolidée), chacun répondant à des besoins d’analyse complémentaires.
Intégration dans le système d’information comptable SAP et sage
Dans les grands systèmes d’information comptables comme SAP ou Sage, le tableau des soldes intermédiaires de gestion n’est pas une simple extraction brute : il résulte d’une configuration fine des plans de comptes et des tables de regroupement. En pratique, les comptes de classe 6 et 7 sont affectés à des rubriques analytiques (marge commerciale, consommations externes, charges de personnel, produits financiers, etc.) qui alimentent automatiquement les agrégats du tableau SIG lors des éditions.
Sous SAP, cette structuration passe généralement par la définition de financial statements versions (FSV) permettant de paramétrer un modèle de compte de résultat enrichi, dont le tableau SIG n’est qu’une variante. Sur Sage 100 ou Sage FRP, l’approche est similaire : vous définissez un modèle d’états paramétrables où chaque ligne SIG agrège un ou plusieurs comptes comptables, avec éventuellement des filtres par centre de coûts. Une bonne pratique consiste à documenter cette clé de passage dans un fichier partagé (par exemple un classeur Excel) afin de faciliter les contrôles croisés entre équipes comptables et contrôleurs de gestion.
Cette intégration au système d’information comptable présente un avantage décisif pour le pilotage : dès la clôture mensuelle ou trimestrielle, vous pouvez obtenir en quelques clics un tableau des soldes intermédiaires de gestion actualisé, comparer les marges, suivre l’évolution de l’EBE ou du résultat courant et ajuster le budget en conséquence. À condition que la codification comptable soit rigoureuse, la fiabilité de cet outil est équivalente à celle du compte de résultat lui-même.
Méthodologie de calcul des neuf soldes intermédiaires standardisés
La construction d’un tableau des soldes intermédiaires de gestion repose sur une méthodologie de calcul rigoureuse, identique d’un exercice à l’autre pour permettre le suivi dans le temps. Chaque solde intermédiaire se calcule à partir des précédents, en appliquant les formules normalisées du Plan Comptable Général. L’enjeu est double : respecter cette logique en cascade, tout en adaptant, si nécessaire, certains retraitements pour affiner l’analyse financière interne.
Dans la pratique, le calcul des neuf soldes intermédiaires standardisés suit un enchaînement précis : marge commerciale ou production de l’exercice, valeur ajoutée, excédent brut d’exploitation, résultat d’exploitation, résultat financier, résultat courant avant impôt, résultat exceptionnel et enfin résultat net. Pour un lecteur averti, chaque « marche » de cet escalier analytique raconte une histoire différente : efficacité commerciale, maîtrise des charges externes, poids de la masse salariale, impact de la politique d’endettement ou encore occurrence d’événements exceptionnels.
Production de l’exercice et retraitements des immobilisations produites
La production de l’exercice concerne principalement les entreprises industrielles, artisanales et de services qui transforment des matières premières ou réalisent des prestations facturées. Elle se calcule selon la formule suivante : Production vendue +/- Production stockée + Production immobilisée. À la différence du chiffre d’affaires, qui ne retient que la production vendue, cet indicateur intègre également les variations de stocks et les travaux réalisés pour soi-même.
La production immobilisée correspond aux immobilisations produites par l’entreprise pour son propre usage (développement d’un logiciel interne, construction d’un bâtiment par ses propres équipes, réalisation d’outillages spécifiques, etc.). Comptablement, ces travaux sont enregistrés à l’actif du bilan et simultanément en produits dans le compte de résultat. Pour la construction du tableau des soldes intermédiaires de gestion, il est essentiel de les intégrer dans la production de l’exercice pour refléter fidèlement l’activité réelle, même si cette activité ne génère pas immédiatement de flux de trésorerie entrants.
Dans une optique d’analyse financière, certains analystes choisissent toutefois de retraiter ces immobilisations produites. Pourquoi ? Parce qu’une hausse ponctuelle de la production immobilisée peut artificiellement gonfler la production de l’exercice et, par ricochet, la valeur ajoutée et le résultat d’exploitation. Un retraitement prudentiel pourra consister à isoler ce poste dans une ligne dédiée du tableau SIG, afin de distinguer la performance commerciale de la dynamique d’investissement interne.
Calcul de la valeur ajoutée et traitement des charges externes
La valeur ajoutée mesure la richesse créée par l’entreprise grâce à son activité courante. Sa formule standard est la suivante : Valeur ajoutée = Marge commerciale + Production de l’exercice – Consommations de l’exercice en provenance de tiers. Les consommations en provenance de tiers recouvrent l’ensemble des charges externes des classes 60, 61 et 62 (achats consommés, loyers, honoraires, frais de sous-traitance, énergie, maintenance, etc.), à l’exclusion des impôts et taxes et des charges de personnel.
La clé d’un bon calcul de la valeur ajoutée réside donc dans le traitement correct des charges externes. En pratique, il est indispensable de distinguer les achats de marchandises, qui interviennent dans le calcul de la marge commerciale, des achats de matières premières, qui impactent la marge de production, et des autres charges externes, qui viennent en déduction de la valeur ajoutée. Une mauvaise affectation – par exemple enregistrer en sous-traitance ce qui devrait être assimilé à des achats de matières – peut dégrader artificiellement la valeur ajoutée et fausser les comparaisons sectorielles.
Pour une analyse plus fine, on peut rapprocher la valeur ajoutée du chiffre d’affaires en calculant un taux de valeur ajoutée (Valeur ajoutée / Chiffre d’affaires). Ce pourcentage permet de comparer la structure de coûts d’entreprises de taille différente. Ainsi, dans l’industrie, un taux de valeur ajoutée de 30 à 40 % sera souvent jugé satisfaisant, alors que dans les services, on attendra des niveaux plus élevés, parfois supérieurs à 50 %, reflétant une moindre dépendance aux consommations de tiers.
Détermination de l’excédent brut d’exploitation et neutralisation des éléments exceptionnels
L’excédent brut d’exploitation (EBE) représente le flux potentiel de trésorerie généré par l’activité courante, avant prise en compte de la politique d’investissement, du financement et des éléments exceptionnels. Il se calcule classiquement de la manière suivante : EBE = Valeur ajoutée + Subventions d’exploitation – Impôts, taxes et versements assimilés – Charges de personnel. On exclut volontairement les dotations aux amortissements et provisions pour obtenir un indicateur « brut », indépendant de la politique d’amortissement.
Du point de vue des soldes intermédiaires de gestion, l’EBE est un pivot majeur : c’est souvent le premier indicateur examiné par les banques et investisseurs. Il répond à une question simple : l’activité courante dégage-t-elle suffisamment de ressources pour couvrir les frais de structure, rembourser les emprunts et financer les investissements ? Pour éviter toute distorsion, les éléments de nature exceptionnelle (indemnités d’assurance non récurrentes, pénalités importantes, litiges inhabituels) doivent être exclus de ce calcul, même s’ils sont comptabilisés en produits ou charges d’exploitation.
Dans cette optique, certains praticiens choisissent de procéder à des retraitements manuels du tableau des SIG, en reclassant certains produits ou charges inhabituels dans une rubrique « quasi-exceptionnelle ». Cette démarche vise à neutraliser l’impact d’événements ponctuels qui, s’ils étaient laissés dans l’EBE, donneraient une image trompeuse de la rentabilité récurrente. C’est un peu comme retirer d’une moyenne des notes un 20/20 ou un 0/20 obtenu dans des circonstances extraordinaires pour mieux apprécier le niveau réel.
Résultat d’exploitation avant provisions et amortissements linéaires
Dans la présentation classique des soldes intermédiaires de gestion, le résultat d’exploitation est obtenu à partir de l’EBE en intégrant les produits et charges de gestion ainsi que les dotations et reprises aux amortissements et provisions. Formellement, on applique la formule suivante : Résultat d’exploitation = EBE + Autres produits d’exploitation + Reprises sur provisions d’exploitation – Autres charges d’exploitation – Dotations aux amortissements et provisions d’exploitation. Ce solde reflète la performance nette de l’activité, après prise en compte de la politique d’investissement.
Pour des besoins d’analyse, il peut toutefois être utile de distinguer un résultat d’exploitation avant provisions et amortissements linéaires. Cet indicateur, parfois appelé « résultat opérationnel avant amortissements », permet d’isoler l’impact économique des décisions opérationnelles courantes (niveau de charges externes, structure salariale, qualité de la politique de prix) sans être parasité par des dotations parfois très conventionnelles. En particulier, dans les entreprises très capitalistiques, des amortissements élevés peuvent masquer une exploitation par ailleurs saine.
Dans la construction du tableau des soldes intermédiaires de gestion, cette distinction se traduit par la création d’un sous-total intermédiaire, placé entre l’EBE et le résultat d’exploitation, qui ajoute les autres produits et soustrait les autres charges d’exploitation, tout en laissant de côté les dotations et reprises. Vous obtenez ainsi une sorte de « photo » de l’exploitation avant les choix de durée d’amortissement et la reconnaissance prudente de certains risques. Ce niveau est particulièrement utile pour comparer des entreprises de pays ou de normes comptables différentes, où les pratiques d’amortissement sont hétérogènes.
Résultat courant avant impôts et charges financières nettes
Le résultat courant avant impôts (RCAI) constitue la synthèse de l’exploitation et de la politique financière de l’entreprise. Il se calcule en ajoutant le résultat financier au résultat d’exploitation : RCAI = Résultat d’exploitation + Résultat financier. Le résultat financier agrège les produits financiers (intérêts reçus, escomptes, produits de participations, etc.) et les charges financières (intérêts d’emprunts, pertes de change, escomptes accordés), y compris les dotations et reprises de provisions à caractère financier.
Dans une démarche d’analyse plus fine, on s’intéressera souvent aux charges financières nettes, c’est-à-dire à la différence entre les charges et les produits financiers. En les rapportant à l’EBE ou au chiffre d’affaires, vous mesurez le poids de l’endettement sur la performance globale. Une entreprise dont l’EBE est satisfaisant mais dont les charges financières nettes absorbent systématiquement la quasi-totalité du résultat d’exploitation est clairement sous pression. À l’inverse, une société faiblement endettée présentera un résultat courant avant impôt très proche de son résultat d’exploitation.
Le RCAI répond en creux à une question stratégique : l’entreprise a-t-elle choisi un niveau d’endettement cohérent avec sa capacité à générer de la valeur ? En intégrant les charges financières nettes dans le calcul, le tableau des soldes intermédiaires de gestion fait le lien entre la performance opérationnelle et le coût du capital, ce qui en fait un outil clé de dialogue avec les banquiers et les investisseurs.
Retraitements comptables spécifiques pour l’analyse financière
Si le tableau des soldes intermédiaires de gestion s’appuie sur une méthodologie normalisée, il n’est pas figé pour autant. Pour certains usages – analyse financière approfondie, préparation à une levée de fonds, diagnostic de performance – il est pertinent d’effectuer des retraitements comptables ciblés. L’objectif ? Corriger les biais introduits par certaines options comptables (crédit-bail, subventions, provisions, sous-traitance, etc.) et obtenir une image plus « économique » de la rentabilité.
Ces retraitements ne modifient pas le résultat net, mais ils peuvent déplacer certains postes d’un solde intermédiaire à un autre et donc changer l’interprétation des marges. En ce sens, ils s’apparentent à un changement de focale sur un appareil photo : le sujet reste le même, mais le niveau de détail et la mise en valeur varient. Vous pouvez ainsi ajuster votre tableau des SIG pour le rendre plus adapté au benchmarking sectoriel ou à la comparaison entre entreprises aux pratiques différentes.
Correction des biais liés au crédit-bail et contrats de location-financement
Les contrats de crédit-bail et de location-financement génèrent un biais important dans la lecture des soldes intermédiaires de gestion. En comptabilité française, les redevances de crédit-bail sont enregistrées en charges externes, ce qui vient diminuer la valeur ajoutée et l’EBE, alors même que, d’un point de vue économique, il s’agit d’un mode de financement d’un investissement. Deux entreprises identiques, l’une achetant un bien et l’autre le prenant en crédit-bail, afficheront donc des SIG sensiblement différents pour une réalité économique similaire.
Pour corriger ce biais, les analystes retraitent généralement le crédit-bail comme si le bien avait été acquis et financé par un emprunt classique. Concrètement, on retire les redevances de crédit-bail des charges externes (ce qui augmente la valeur ajoutée et l’EBE) et on reconstitue fictivement des dotations aux amortissements et des charges d’intérêts. Les amortissements retraités viennent diminuer le résultat d’exploitation, tandis que les intérêts retraités affectent le résultat financier et donc le RCAI.
Ce retraitement rapproche les SIG d’une logique IFRS 16, où les contrats de location-financement sont capitalisés au bilan. Il permet aussi de comparer plus équitablement des entreprises ayant recours, ou non, au crédit-bail pour financer leurs équipements. Si vous envisagez d’appliquer ce retraitement, prenez soin de documenter vos hypothèses (durée d’amortissement retenue, taux d’intérêt implicite du crédit-bail) pour garantir la transparence de votre analyse.
Neutralisation des subventions d’exploitation et d’investissement
Les subventions d’exploitation et d’investissement peuvent, elles aussi, fausser la lecture des soldes intermédiaires de gestion si elles ne sont pas analysées avec prudence. Une subvention d’exploitation récurrente (par exemple un complément de prix public) n’a pas le même impact économique qu’une aide exceptionnelle à l’investissement. Pourtant, dans la comptabilité française, ces deux natures de subventions peuvent se retrouver dans les produits d’exploitation, voire dans l’EBE pour les subventions d’exploitation.
Pour une analyse de performance « pure », certains analystes choisissent de neutraliser partiellement ces subventions. Les subventions assimilables à un complément de chiffre d’affaires sont ainsi reclassées en marge commerciale ou en production de l’exercice, ce qui augmente la valeur ajoutée sans gonfler artificiellement l’EBE. Quant aux quotes-parts de subventions d’investissement virées au résultat (désormais en compte 747), le Conseil national de l’Ordre des experts-comptables recommande de les exclure du calcul de l’EBE, car il s’agit de produits calculés qui ne reflètent pas une performance opérationnelle récurrente.
En pratique, vous pouvez construire deux versions du tableau des SIG : une version « comptable » intégrant toutes les subventions selon les normes PCG, et une version « économique » où certaines subventions sont neutralisées ou reclassées. Cette double lecture est particulièrement utile lorsqu’une entreprise a fortement bénéficié d’aides publiques sur une période donnée (crédits d’impôt, subventions d’équipement, plans de relance) et souhaite démontrer la solidité intrinsèque de son modèle économique.
Traitement des charges de personnel intérimaire et sous-traitance
Le traitement des charges de personnel intérimaire et de sous-traitance est un autre point de vigilance pour construire un tableau des soldes intermédiaires de gestion pertinent. Comptablement, ces dépenses sont généralement enregistrées en charges externes (compte 621 pour le personnel intérimaire, 611 pour la sous-traitance), ce qui vient réduire la valeur ajoutée. Pourtant, sur le plan économique, le personnel intérimaire se rapproche davantage des charges de personnel internes que d’une consommation de tiers.
Les praticiens de l’analyse financière procèdent donc souvent à un reclassement partiel ou total du personnel intérimaire vers les charges de personnel. Ce retraitement augmente mécaniquement la valeur ajoutée (puisque les charges externes diminuent) mais réduit l’EBE (puisque les charges de personnel augmentent). Résultat : on obtient une meilleure comparabilité avec les entreprises ayant davantage recours à des salariés permanents qu’à des intérimaires. La structure de coûts apparaît alors plus représentative de la réalité opérationnelle.
La sous-traitance, quant à elle, peut être retirée des consommations externes pour être imputée au coût de production, notamment dans les secteurs où elle constitue un substitut direct à la main-d’œuvre interne. Ce retraitement modifie la marge de production et la valeur ajoutée, mais il permet d’aligner les SIG avec la logique industrielle réelle. Là encore, l’essentiel est de rester cohérent d’un exercice à l’autre et de documenter vos choix pour que le lecteur comprenne votre grille de lecture.
Ajustements des dotations aux provisions pour risques et charges
Les dotations aux provisions pour risques et charges traduisent l’anticipation de pertes futures (litiges, garanties clients, restructurations, etc.). Elles sont indispensables pour une image fidèle des comptes, mais leur caractère parfois très prudent, voire pessimiste, peut brouiller la lecture des soldes intermédiaires de gestion. Une année marquée par une provision importante pour restructuration affichera un résultat d’exploitation dégradé, alors même que l’EBE reste solide.
Pour analyser la performance récurrente, il peut donc être judicieux d’identifier et de retraiter les dotations aux provisions manifestement exceptionnelles. L’idée n’est pas de les ignorer, mais de les isoler : vous pouvez par exemple présenter un résultat d’exploitation courant avant dotations exceptionnelles, puis un résultat d’exploitation « publié » incluant l’ensemble des provisions. Ce découpage éclairera le lecteur sur ce qui relève du cycle normal d’exploitation et sur ce qui tient à des décisions de gestion ponctuelles.
Les reprises de provisions doivent être abordées avec la même prudence : une reprise importante peut gonfler temporairement le résultat d’exploitation sans que la performance opérationnelle ne se soit réellement améliorée. En reclassant certaines dotations et reprises dans une rubrique « quasi-exceptionnelle » au sein du tableau SIG, vous retrouvez une trajectoire de résultat plus lisse et plus représentative de la tendance de fond.
Exploitation des ratios de rentabilité issus des soldes intermédiaires
Une fois le tableau des soldes intermédiaires de gestion construit et éventuellement retraité, l’étape suivante consiste à en exploiter les richesses à travers des ratios de rentabilité. Ces ratios mettent en perspective les soldes intermédiaires avec le chiffre d’affaires, les capitaux investis ou les effectifs, afin de mesurer l’efficacité économique de l’entreprise. Ils facilitent aussi les comparaisons dans le temps et avec les concurrents du même secteur.
Parmi les indicateurs les plus utilisés, on retrouve : le taux de marge commerciale (Marge commerciale / Chiffre d’affaires), le taux de valeur ajoutée (VA / Chiffre d’affaires), le taux d’EBE (EBE / Chiffre d’affaires) ou encore le taux de résultat courant (RCAI / Chiffre d’affaires). Vous pouvez également rapporter l’EBE ou la valeur ajoutée au nombre de salariés pour obtenir une productivité par tête, très parlante dans les secteurs intensifs en main-d’œuvre. Ces ratios, mis bout à bout, dessinent une véritable « carte d’identité » économique de votre entreprise.
Pour aller plus loin, certains analystes combinent les soldes intermédiaires avec les données de bilan pour calculer des indicateurs comme le ROCE (return on capital employed) ou le levier d’endettement. L’EBE devient alors une ressource disponible pour rémunérer les capitaux investis, tandis que le résultat courant avant impôts mesure la performance après coût de la dette. Vous disposez ainsi d’un tableau de bord complet pour piloter la rentabilité et la structure financière, et pour dialoguer avec vos partenaires financiers sur des bases chiffrées solides.
Construction pratique avec excel et logiciels comptables professionnels
Sur le plan opérationnel, deux grands outils s’offrent à vous pour construire un tableau des soldes intermédiaires de gestion : Excel et les logiciels comptables professionnels. Excel reste l’outil privilégié pour les simulations, les retraitements personnalisés et les présentations pédagogiques. Il permet de bâtir un modèle de tableau SIG souple, que vous pouvez adapter à votre secteur, à votre plan de comptes et à vos besoins spécifiques d’analyse.
La démarche la plus simple consiste à exporter le compte de résultat détaillé depuis votre logiciel comptable au format CSV, puis à l’importer dans un classeur Excel. À partir de là, vous créez une feuille « mapping » où chaque compte comptable est affecté à une ligne du tableau SIG (marge commerciale, consommations externes, charges de personnel, etc.). Une seconde feuille calcule automatiquement les neufs soldes intermédiaires via des formules de somme conditionnelle. Une fois ce modèle paramétré, une simple mise à jour de la base de données suffit pour recalculer l’ensemble des soldes.
Les logiciels comptables professionnels (Sage, Cegid, SAP Business One, etc.) proposent souvent des éditions SIG pré-paramétrées. Leur atout principal est la fiabilité : les soldes intermédiaires sont calculés directement à partir des écritures comptables validées, sans risque d’erreur de manipulation. De plus, ces solutions permettent généralement de filtrer les données par période, par entité, voire par centre de coûts, ce qui rend possible une analyse très fine de la performance. En revanche, les possibilités de retraitements spécifiques peuvent être plus limitées que dans Excel, d’où l’intérêt de combiner les deux approches.
Analyse comparative sectorielle et benchmarking des performances
Un tableau des soldes intermédiaires de gestion prend toute sa dimension lorsqu’il est utilisé dans une démarche de benchmarking sectoriel. En mettant en perspective vos marges, votre valeur ajoutée, votre EBE ou votre résultat courant avec ceux d’entreprises comparables, vous identifiez rapidement vos points forts et vos axes de progrès. C’est un peu comme comparer les temps de passage d’un coureur à ceux du peloton : vous repérez immédiatement à quel moment vous prenez de l’avance ou du retard.
Pour mener cette analyse comparative, vous pouvez vous appuyer sur plusieurs sources : statistiques professionnelles, dossiers sectoriels des centres de gestion agréés, bases de données financières ou encore documents de référence publiés par les sociétés cotées. L’essentiel est de raisonner en ratios (par exemple, EBE en pourcentage du chiffre d’affaires) plutôt qu’en montants absolus, afin de neutraliser l’effet de taille. Vous pouvez également comparer l’évolution de vos soldes intermédiaires sur plusieurs exercices à la tendance sectorielle pour savoir si vos performances progressent au même rythme que le marché.
Dans une démarche de pilotage stratégique, le benchmarking à partir des SIG devient un outil de dialogue interne puissant. En partageant régulièrement ces indicateurs avec vos équipes commerciales, industrielles ou RH, vous leur donnez une lecture concrète de l’impact de leurs décisions sur la rentabilité globale. Les soldes intermédiaires de gestion ne sont plus alors un simple tableau comptable, mais un véritable langage commun entre la direction financière et les opérationnels, au service de l’amélioration continue de la performance.