L’amortissement linéaire constitue la méthode de référence en comptabilité française pour constater la dépréciation progressive des immobilisations. Cette technique comptable obligatoire permet de répartir de manière égale le coût d’acquisition d’un bien sur sa durée d’utilisation prévue. Maîtriser la passation des écritures d’amortissement linéaire représente un enjeu majeur pour les entreprises, car ces opérations impactent directement le résultat comptable et la valeur patrimoniale inscrite au bilan. La précision de ces enregistrements conditionne la fiabilité de l’information financière et le respect des obligations légales en matière de comptabilité.

Définition et mécanisme de l’amortissement linéaire selon le PCG

Le Plan Comptable Général définit l’amortissement linéaire comme la répartition systématique du montant amortissable d’un actif selon un rythme constant sur sa durée d’utilité. Cette méthode s’appuie sur le principe que l’immobilisation perd de sa valeur de façon uniforme au fil du temps. Contrairement aux autres modes d’amortissement, le système linéaire garantit des annuités constantes, facilitant ainsi la prévisibilité des charges et la gestion financière.

L’obligation d’amortir découle du respect de l’image fidèle du patrimoine exigée par la réglementation comptable. Chaque immobilisation amortissable doit faire l’objet d’un plan d’amortissement établi dès sa mise en service. Ce plan précise la base amortissable, la durée d’utilisation retenue et les modalités de calcul des dotations annuelles.

L’amortissement traduit la consommation des avantages économiques liés à l’actif immobilisé et constitue une charge calculée non décaissée pour l’entreprise.

Base amortissable et valeur résiduelle dans le calcul d’amortissement

La base amortissable correspond à la valeur brute de l’immobilisation diminuée de sa valeur résiduelle estimée. Cette valeur brute inclut le prix d’acquisition hors taxes, les frais accessoires d’achat, d’installation et de mise en service. Les taxes récupérables, notamment la TVA déductible, sont exclues du calcul.

La valeur résiduelle représente le montant que l’entreprise s’attend à obtenir lors de la cession du bien en fin d’utilisation, déduction faite des coûts de sortie estimés. Cette valeur n’est prise en compte que si elle est significative et mesurable de façon fiable. En pratique, de nombreuses entreprises considèrent une valeur résiduelle nulle pour simplifier les calculs.

Durée d’utilisation et plan d’amortissement linéaire

La durée d’utilisation reflète la période pendant laquelle l’entreprise compte utiliser l’actif pour son exploitation. Cette durée peut différer des durées d’usage fiscales définies par l’administration. Le Plan Comptable Général privilégie une approche économique fondée sur l’utilisation réelle prévue par l’entité.

Le plan d’amortissement linéaire présente sous forme de tableau l’évolution prévisionnelle de la valeur nette comptable sur toute la durée d’utilisation. Ce document obligatoire détaille année par année les dotations aux amortissements, les amortissements cumulés et la valeur résiduelle. Il constitue la référence pour la passation des écritures comptables d’amortissement.

Différences entre amortissement comptable et fiscal dégressif

Sur le plan comptable, l’entreprise doit retenir le mode d’amortissement qui reflète le mieux le rythme de consommation des avantages économiques. Sur le plan fiscal, elle peut, dans certains cas, appliquer un amortissement dégressif afin de constater des dotations plus fortes les premières années. Cette divergence de rythme entre amortissement comptable linéaire et amortissement fiscal dégressif donne naissance aux fameux amortissements dérogatoires.

Concrètement, l’amortissement comptable linéaire reste inscrit dans les comptes 6811/28 et sert de base à la valeur nette comptable figurant au bilan. L’amortissement fiscal dégressif, lui, est suivi dans des tableaux fiscaux (formulaires 2054 et 2055) et la différence entre les deux est comptabilisée via le compte 68725 et le compte 145 « amortissements dérogatoires ». Ainsi, la comptabilité respecte le principe d’image fidèle, tout en permettant de bénéficier des avantages fiscaux sans fausser la lecture des états financiers.

Application du prorata temporis en cours d’exercice

Dans la plupart des cas, l’immobilisation n’est pas mise en service exactement le premier jour de l’exercice. Il est alors nécessaire d’appliquer un prorata temporis pour calculer la première annuité d’amortissement linéaire. L’objectif est de ne constater en charges que la partie de l’amortissement correspondant à la durée réelle d’utilisation du bien sur l’exercice.

Pour un amortissement linéaire, la formule de calcul de la première dotation est la suivante : annuité entière x (nombre de jours d’utilisation dans l’exercice / 360). Par convention, on retient généralement une année de 360 jours (12 mois de 30 jours). Ainsi, si une machine est mise en service le 15 juin, on comptabilise 15 jours pour juin plus 6 mois complets, soit 195 jours d’utilisation sur 360. La dotation de première année viendra donc réduire proportionnellement la charge par rapport à une année pleine.

Attention à bien distinguer la date d’achat de la date de mise en service : c’est la seconde qui déclenche le point de départ de l’amortissement linéaire. Dans la pratique, les logiciels d’immobilisations gèrent automatiquement ce prorata, mais il reste indispensable de comprendre le mécanisme pour contrôler les montants et corriger d’éventuelles erreurs de paramétrage.

Identification des comptes comptables pour l’écriture d’amortissement

Passer une écriture comptable d’amortissement linéaire suppose d’identifier précisément les comptes du Plan Comptable Général à utiliser. Deux grandes familles de comptes sont systématiquement concernées : les comptes de charges de la classe 6 (dotations aux amortissements) et les comptes d’amortissements de la classe 2 (comptes 28, dits « comptes de contre-valeur » qui viennent diminuer la valeur brute de l’immobilisation au bilan).

Avant de saisir une écriture dans le journal des opérations diverses, vous devez donc vérifier : la nature de l’immobilisation (corporelle ou incorporelle), le compte d’immobilisation d’origine (20, 21, 218…) et le compte d’amortissement correspondant (280 ou 281 avec la bonne subdivision). Cette préparation en amont évite les reclassements ultérieurs et facilite le rapprochement avec le tableau d’amortissement.

Compte 681 – dotations aux amortissements des immobilisations

Le compte 681 regroupe les dotations aux amortissements et aux provisions liées à l’exploitation. Dans le cadre d’un amortissement linéaire d’immobilisation, on utilise plus précisément :

  • le compte 68111 « Dotations aux amortissements sur immobilisations incorporelles » ;
  • le compte 68112 « Dotations aux amortissements sur immobilisations corporelles ».

Ces comptes sont toujours débités du montant de la dotation annuelle (ou mensuelle, en cas d’abonnement) calculée selon le plan d’amortissement linéaire. Ils alimentent le résultat d’exploitation de l’entreprise : plus les dotations sont élevées, plus le résultat diminue, et inversement. Il s’agit de charges calculées, sans décaissement de trésorerie, mais qui ont un impact direct sur le bénéfice imposable.

Pour un suivi plus fin, certaines entreprises ouvrent des sous-comptes analytiques de 68111 et 68112 par centre de coûts ou par projet. Cette ventilation permet d’identifier le poids des amortissements dans le coût de revient de chaque activité et d’affiner les analyses de rentabilité.

Comptes 28 – amortissements des immobilisations corporelles et incorporelles

En contrepartie de la dotation portée en 681, l’écriture d’amortissement linéaire crédite un compte d’amortissement de la classe 2, au sein du groupe 28. Ces comptes fonctionnent comme des comptes d’actif « négatifs » : ils viennent diminuer la valeur brute de l’immobilisation au bilan pour faire apparaître la valeur nette comptable. Ils ne représentent pas une sortie de trésorerie, mais la trace comptable de la dépréciation irréversible du bien.

On distingue deux catégories principales :

  1. Les comptes 280 « Amortissements des immobilisations incorporelles » (par exemple 2805 pour les brevets).
  2. Les comptes 281 « Amortissements des immobilisations corporelles » (par exemple 28182 pour le matériel de transport, 28183 pour le matériel de bureau et informatique).

La règle de construction est simple : le compte d’amortissement reprend le numéro du compte d’immobilisation, en y intercalant un 8 après le chiffre 2. Ainsi, le compte 2183 « Matériel de bureau et informatique » aura pour compte d’amortissement 28183. Ce parallélisme facilite la lecture du bilan et le contrôle des plans d’amortissement.

Subdivision par nature d’immobilisation : 2813, 2815, 2818

Pour refléter correctement la diversité des immobilisations, le PCG prévoit de nombreuses subdivisions des comptes 281. Les plus courantes en pratique sont :

Le compte 2813 – Amortissements des constructions : il concerne les bâtiments, entrepôts, ateliers, bureaux, etc. La durée d’amortissement y est souvent longue (20, 30, voire 50 ans), ce qui implique des dotations annuelles plus faibles, mais sur un horizon temporel étendu.

Le compte 2815 – Amortissements du matériel industriel et outillage : il s’applique aux machines, lignes de production, équipements techniques. Les durées d’amortissement oscillent en général entre 5 et 10 ans, en fonction de l’intensité d’utilisation et de l’obsolescence technologique.

Le compte 2818 – Amortissements des autres immobilisations corporelles : il est utilisé pour les immobilisations qui ne trouvent pas leur place dans les postes précédents, par exemple certains agencements ou installations spécifiques. Vous veillerez alors à bien documenter la nature du bien pour justifier la durée retenue et le compte choisi.

Cette subdivision fine des comptes 28 permet non seulement de respecter la nomenclature du PCG, mais aussi de faciliter les analyses ultérieures : comparaison des taux d’amortissement, poids des investissements par catégorie, préparation des dossiers de financement, etc.

Utilisation des comptes analytiques pour le suivi sectoriel

Au-delà de la comptabilité générale, l’amortissement linéaire peut être ventilé en comptabilité analytique afin de suivre l’impact des investissements par activité, par service, voire par chantier. Cette approche est particulièrement utile dans les entreprises multi-sites ou multi-métiers (industrie, BTP, services aux entreprises). Vous pouvez, par exemple, affecter l’amortissement d’un véhicule à un centre de profit « équipe commerciale » ou « équipe technique ».

Concrètement, l’écriture en comptabilité générale reste la même (681/28), mais chaque ligne est assortie d’un code analytique dans votre logiciel. Vous obtenez ainsi, en un clic, le montant total des amortissements imputés à un service donné, ce qui facilite le calcul du coût de revient complet. Cette ventilation analytique est aussi un argument de poids pour expliquer aux opérationnels le coût réel des ressources mises à leur disposition.

Calcul pratique de la dotation aux amortissements linéaires

Une fois la base amortissable, la durée d’utilisation et le mode linéaire déterminés, il s’agit de calculer concrètement la dotation annuelle (ou mensuelle) à comptabiliser. La formule de base est simple : base amortissable x taux d’amortissement linéaire, où le taux est égal à 100 / durée d’utilisation (en années). La difficulté réside souvent dans la prise en compte du prorata temporis la première et la dernière année.

Imaginons que vous achetiez un ordinateur pour 3 000 € HT, sans valeur résiduelle, amortissable sur 3 ans, mis en service le 1er octobre N. Le taux d’amortissement linéaire est de 100/3 ≈ 33,33 %. L’annuité pleine serait donc de 3 000 x 33,33 % = 1 000 €. Pour l’exercice N, vous ne retiendrez que 3 mois d’utilisation, soit 1 000 x (90/360) = 250 €. Les années N+1 et N+2, la dotation sera de 1 000 €, puis la dernière année N+3, vous constaterez les 750 € restants pour atteindre 3 000 € au total.

De nombreuses entreprises choisissent de lisser encore davantage l’impact des amortissements en passant des dotations mensuelles par abonnement. Dans ce cas, l’annuité est divisée par 12 et enregistrée chaque mois (par exemple 1 000 €/12 ≈ 83,33 € par mois). Cette technique améliore la régularité des charges dans le compte de résultat et facilite le pilotage de la performance, en évitant les « pics » de charges uniquement en fin d’exercice.

Passation de l’écriture comptable dans le journal des opérations diverses

La passation de l’écriture d’amortissement linéaire intervient généralement au moment des travaux d’inventaire, à la date de clôture de l’exercice. L’écriture type dans le journal des opérations diverses (JOD) est la suivante :

Débit : compte 68111 ou 68112 (dotation aux amortissements)Crédit : compte 28… (amortissements des immobilisations correspondantes).

Reprenons l’exemple de l’ordinateur de 3 000 € amorti sur 3 ans, mis en service le 1er octobre N. Pour l’exercice N, la dotation calculée est de 250 €. L’écriture à passer au 31/12/N sera :

Débit 68112 – Dotations aux amortissements sur immobilisations corporelles : 250 €Crédit 28183 – Amortissements du matériel de bureau et informatique : 250 €

Si vous pratiquez l’abonnement mensuel, vous passerez une écriture identique chaque mois pour le montant mensuel (83,33 €), en veillant à ce que le cumul sur l’exercice corresponde à la dotation calculée dans le plan d’amortissement. Les logiciels comptables modernes permettent de paramétrer ces écritures récurrentes, ce qui réduit le risque d’oubli et sécurise le processus de clôture.

Contrôles et validation de l’écriture d’amortissement

Une écriture d’amortissement linéaire ne doit jamais être validée sans un minimum de contrôles. L’enjeu est double : garantir la conformité avec le plan d’amortissement comptable et assurer la cohérence avec les obligations fiscales (tableaux 2054 et 2055). Des contrôles simples, mais systématiques, permettent d’éviter des écarts qui peuvent se révéler coûteux en cas de contrôle ou d’audit.

Vous devez notamment vérifier que le montant de la dotation passée en 681 correspond exactement à la dotation prévue dans le plan d’amortissement, que le solde du compte 28 est égal au cumul des dotations passées les années précédentes, et que la valeur nette comptable affichée au bilan est correcte. Une erreur d’un seul exercice, si elle n’est pas corrigée, peut se propager sur plusieurs années et compliquer les retraitements ultérieurs.

Vérification de la cohérence avec le tableau d’amortissement

Le premier niveau de contrôle consiste à rapprocher, immobilisation par immobilisation, les écritures comptables avec le tableau d’amortissement linéaire. Pour chaque bien, vous comparez l’annuité prévue au plan et la dotation réellement passée dans le compte 681, ainsi que le cumul des amortissements du compte 28 avec le cumul théorique figurant dans le tableau.

Ce contrôle peut sembler fastidieux, mais il est essentiel pour garantir l’exactitude des valeurs inscrites au bilan. Une astuce consiste à exporter les soldes des comptes 2 et 28 vers un tableur et à les croiser avec le fichier des immobilisations, à l’aide d’un identifiant unique (numéro d’immobilisation). Vous repérerez ainsi rapidement les immobilisations sans amortissement, les doublons ou les durées d’amortissement incohérentes.

Rapprochement avec les déclarations fiscales 2054 et 2055

Sur le plan fiscal, les amortissements doivent être reportés dans les tableaux 2054 (tableau des immobilisations et des amortissements) et 2055 (tableau des amortissements dérogatoires et provisions réglementées) de la liasse fiscale. Il est donc indispensable de s’assurer que les données comptables concordent avec ces déclarations. Un écart non justifié peut entraîner un redressement ou, au minimum, des demandes d’explications de l’administration.

Le rapprochement consiste à comparer, pour chaque catégorie d’actifs, les valeurs brutes, les amortissements pratiqués et les valeurs nettes entre la comptabilité et les tableaux fiscaux. Lorsqu’un amortissement dégressif a été pratiqué en fiscalité, vous vérifierez également que la différence avec l’amortissement linéaire comptable a bien été comptabilisée en amortissements dérogatoires (compte 145/68725 ou 145/78725 en cas de reprise). Ce contrôle permet de sécuriser à la fois la comptabilité et la liasse fiscale.

Contrôle de l’équilibre débit-crédit et lettrage

Comme pour toute écriture comptable, l’écriture d’amortissement linéaire doit respecter l’équilibre débit = crédit. À chaque dotation, le montant débité au compte 681 doit être exactement égal au montant crédité au compte 28. Ce contrôle de base peut paraître évident, mais il permet de détecter immédiatement une inversion de montants, une saisie partielle ou une erreur de compte.

Le lettrage des comptes 28 avec les comptes d’immobilisations 20/21/218 n’est pas obligatoire, mais il peut se révéler utile pour les immobilisations à faible nombre (par exemple un parc de véhicules limité). Pour les entreprises fortement équipées, le suivi se fait plutôt via un logiciel d’immobilisations, mais le contrôle de cohérence global reste indispensable : la somme des valeurs nettes comptables des tableaux d’immobilisations doit correspondre au total des nettes inscrites à l’actif du bilan.

Impact sur les états financiers et obligations légales

L’amortissement linéaire a un impact direct sur les deux principaux états financiers de l’entreprise : le bilan et le compte de résultat. Au bilan, il vient diminuer, année après année, la valeur des immobilisations amortissables, ce qui traduit l’usure et l’obsolescence des biens. Au compte de résultat, il se traduit par une charge récurrente qui réduit le résultat d’exploitation et, par ricochet, le résultat net et l’impôt sur les sociétés.

Sur le plan légal, le respect des règles d’amortissement imposées par le Plan Comptable Général et, le cas échéant, par les normes internationales applicables, est une obligation. L’absence d’amortissement sur un bien amortissable ou l’utilisation d’une durée manifestement inadaptée peut être considérée comme une atteinte au principe d’image fidèle et entraîner des corrections lors d’un contrôle fiscal ou d’un audit légal. En cas de changement significatif dans l’utilisation du bien (accélération de l’usure, prolongation de la durée de vie), l’entreprise doit réviser son plan d’amortissement et documenter cette décision.

Au-delà de la conformité, l’amortissement linéaire constitue un véritable outil de gestion. En planifiant les dotations futures, vous anticipez l’évolution de votre capacité d’autofinancement, vous mesurez le poids des investissements sur vos résultats et vous identifiez le moment opportun pour renouveler vos équipements. Comprendre et bien passer une écriture comptable d’amortissement linéaire, ce n’est donc pas seulement « faire de la technique comptable », c’est donner à l’entreprise une vision claire et maîtrisée de son patrimoine productif dans le temps.