# Comment réaliser le calcul de la capacité d’autofinancement

La capacité d’autofinancement représente l’un des indicateurs financiers les plus scrutés par les dirigeants d’entreprise, les analystes financiers et les établissements bancaires. Cet agrégat comptable mesure les ressources internes générées par l’activité courante d’une société au cours d’un exercice, sans recourir à des financements externes. Contrairement au résultat net qui intègre des éléments non monétaires, la CAF reflète le flux potentiel de trésorerie dont dispose réellement votre entreprise pour assurer son développement, rembourser ses dettes ou distribuer des dividendes. Maîtriser son calcul devient indispensable lorsque vous souhaitez évaluer la solidité financière de votre structure, négocier un emprunt bancaire ou prendre des décisions stratégiques d’investissement. Les deux méthodes de calcul reconnues par le Plan Comptable Général offrent des perspectives complémentaires sur la formation de cette richesse interne.

Définition et périmètre de la capacité d’autofinancement en comptabilité analytique

La capacité d’autofinancement se définit comme l’ensemble des ressources financières générées par l’exploitation d’une entreprise, après déduction de toutes les charges décaissables mais avant distribution de dividendes et remboursement du capital des emprunts. Cette notion diffère fondamentalement du résultat comptable dans la mesure où elle neutralise tous les produits et charges calculés qui n’affectent pas la trésorerie. Vous devez comprendre que la CAF constitue un flux potentiel et non un flux réel de liquidités, car elle ne tient pas compte des décalages temporels entre les opérations comptables et leurs traductions en mouvements de trésorerie.

Le périmètre de la CAF englobe exclusivement les opérations liées au cycle d’exploitation de votre entreprise. Elle exclut donc les opérations en capital telles que les acquisitions d’immobilisations, les cessions d’actifs ou les mouvements d’emprunts. Cette délimitation permet d’isoler la performance économique intrinsèque de votre activité, indépendamment de votre politique d’investissement ou de financement. En pratique, la capacité d’autofinancement représente le surplus monétaire que votre entreprise conserverait si tous les produits étaient immédiatement encaissés et toutes les charges instantanément décaissées.

L’intérêt de cet indicateur réside dans sa capacité à mesurer la création de richesse réelle par votre exploitation. Contrairement au résultat net qui peut être artificiellement gonflé par des reprises de provisions ou des produits non encaissables, la CAF offre une vision plus fidèle de votre capacité à générer des liquidités. Les établissements bancaires l’utilisent systématiquement pour évaluer votre solvabilité et déterminer votre capacité de remboursement. Un ratio d’endettement net sur CAF supérieur à 3 ou 4 signale généralement une structure financière fragile nécessitant une consolidation.

La capacité d’autofinancement constitue le socle de l’autonomie financière d’une entreprise, en déterminant sa capacité à financer sa croissance sans diluer son capital ni alourdir son endettement.

Dans le cadre de l’analyse financière approfondie, vous devez également distinguer la CAF de l’autofinancement proprement dit. L’autofinancement correspond à la CAF diminuée des dividendes distribués aux actionnaires ou associés. Cette distinction prend toute son importance lorsque vous évaluez la politique de distribution de votre entreprise et son impact sur les ressources disponibles pour le développement futur. Une société qui distribue 80% de sa CAF sous forme de dividendes dispose d’une marge de man

uvre réduite pour financer de nouveaux investissements, renforcer son fonds de roulement ou absorber un choc conjoncturel.

Méthode soustractive : calcul de la CAF à partir de l’excédent brut d’exploitation

La première approche pour réaliser le calcul de la capacité d’autofinancement consiste à partir de l’excédent brut d’exploitation (EBE). Cette méthode dite « soustractive » ou « descendante » est privilégiée lorsqu’on souhaite analyser la performance opérationnelle avant tout. L’idée est simple : vous partez de l’EBE, qui mesure la richesse créée par l’exploitation, puis vous ajoutez les produits réellement encaissables et retranchez les charges réellement décaissables qui ne sont pas déjà incluses dans l’EBE. On obtient ainsi une CAF proche de la réalité économique de l’entreprise.

En pratique, cette méthode est particulièrement utile en comptabilité analytique pour relier directement la capacité d’autofinancement au modèle économique (marge brute, structure de coûts, charges de personnel, etc.). Elle permet également de comparer plus facilement plusieurs exercices ou plusieurs entités d’un même groupe, en neutralisant l’effet de la politique d’amortissement ou de provisions. La clé de fiabilité de cette approche réside toutefois dans l’identification correcte des produits encaissables et des charges décaissables au sein du compte de résultat.

Identification et retraitement des produits encaissables dans le compte de résultat

La première étape de la méthode soustractive consiste à recenser tous les produits encaissables qui ne sont pas déjà intégrés dans l’EBE. Vous devez ici distinguer deux grandes catégories : les produits d’exploitation hors EBE (certains comptes de la classe 75), les produits financiers et les produits exceptionnels qui donnent lieu à une entrée de trésorerie. À l’inverse, les produits calculés, comme les reprises sur provisions ou les quotes-parts de subventions, doivent être exclus du calcul de la CAF car ils n’engendrent aucun encaissement réel.

Concrètement, on retiendra par exemple les produits financiers encaissables (intérêts perçus, escomptes obtenus effectivement encaissés), les produits exceptionnels encaissables (indemnités d’assurance perçues, pénalités clients encaissées) ou encore certains autres produits d’exploitation donnant lieu à un flux de trésorerie. À partir des exercices ouverts en 2025, il convient aussi d’intégrer les produits des cessions d'actifs enregistrés au compte 757, tout en veillant à retraiter la valeur comptable des actifs cédés dans un second temps.

La difficulté pour le dirigeant ou le contrôleur de gestion consiste à identifier, ligne par ligne, ce qui relève d’un produit encaissable ou non encaissable. Une bonne pratique consiste à travailler en étroite collaboration avec l’expert-comptable pour établir un tableau de correspondance entre les comptes du Plan Comptable Général et leur nature de flux de trésorerie. Cet exercice de cartographie, une fois réalisé, sécurise durablement vos calculs de capacité d’autofinancement.

Déduction des charges décaissables hors dotations aux amortissements

La deuxième étape de la méthode soustractive consiste à déduire toutes les charges décaissables qui n’ont pas été prises en compte dans l’EBE. Par définition, il s’agit de charges qui entraînent une véritable sortie de trésorerie pour l’entreprise, contrairement aux dotations aux amortissements et provisions qui sont des charges calculées. Vous devez donc exclure ces dernières du périmètre de la CAF, puisqu’elles ne reflètent pas un décaissement effectif durant l’exercice.

Parmi les principales charges décaissables à retrancher, on retrouve les charges financières (intérêts d’emprunts, intérêts sur comptes courants d’associés), les charges exceptionnelles décaissables (amendes, pénalités, indemnités versées) ainsi que les impôts sur les bénéfices et la participation des salariés. Il convient également de tenir compte des autres charges d’exploitation décaissables, comme certaines redevances, taxes non intégrées dans l’EBE ou charges diverses qui n’ont pas été agrégées dans ce solde intermédiaire.

En pratique, une erreur fréquente consiste à confondre charges calculées et charges décaissables, notamment sur les lignes financières et exceptionnelles. Une dotation aux provisions financières (compte 686) ne doit jamais être retranchée de l’EBE dans le calcul de la CAF, puisqu’elle n’entraîne aucun décaissement immédiat. À l’inverse, les intérêts d’emprunt (compte 661) représentent une charge décaissable à intégrer dans la formule soustractive.

Traitement des cessions d’actifs et valeurs comptables nettes dans la formule soustractive

Les cessions d’immobilisations constituent un point de vigilance majeur lors du calcul de la capacité d’autofinancement par la méthode soustractive. Une cession d’actif combine en effet deux éléments : un produit de cession encaissable et une valeur comptable nette sortie de l’actif, qui est une charge purement comptable. Pour que la CAF reflète correctement le flux potentiel de trésorerie, vous devez isoler l’encaissement réel et neutraliser la partie strictement comptable de l’opération.

Jusqu’aux exercices ouverts en 2024, le produit de cession est comptabilisé au compte 775 et la valeur comptable des éléments d'actif cédés au compte 675. À partir de 2025, en application du règlement ANC 2022‑06, ces mouvements sont reclassés en comptes d’exploitation : 757 – Produits des cessions d'actifs et 657 – Valeur comptable des actifs cédés. Dans la logique de la CAF, seul le produit encaissable de cession doit être pris en compte comme flux de trésorerie potentiel, tandis que la valeur comptable nette doit être éliminée, car elle ne correspond à aucun décaissement.

Concrètement, si vous partez de l’EBE, vous ajouterez le produit de cession encaissable aux produits et vous n’intégrerez pas la valeur comptable dans les charges décaissables. Cette dernière est une charge calculée à neutraliser. Une erreur fréquente consiste à intégrer la plus-value ou la moins-value nette dans la CAF, alors que celle-ci résulte du solde entre un flux encaissable (prix de cession) et un flux non décaissable (valeur comptable). Pour un calcul rigoureux, il est préférable de raisonner sur les montants bruts plutôt que sur le résultat de cession.

Intégration des quotes-parts de subventions d’investissement virées au résultat

Les subventions d’investissement constituent un autre élément délicat dans le périmètre de la capacité d’autofinancement. Lorsqu’elles sont accordées, ces subventions peuvent donner lieu à un encaissement initial significatif. Toutefois, sur le plan comptable, elles sont étalées dans le temps par le jeu des quotes-parts de subventions virées au résultat. Ces quotes-parts sont alors enregistrées en produits, sans nouvel encaissement associé.

Jusqu’en 2024, ces produits sont portés au compte 777 – Quote-part des subventions d'investissement virée au résultat. À partir du 1er janvier 2025, ils sont comptabilisés au compte 747, dans la continuité des évolutions du Plan Comptable Général. Dans les deux cas, ces produits sont des produits calculés, non encaissables. Ils augmentent le résultat net, mais n’améliorent pas la trésorerie de l’exercice. Dans la méthode soustractive, ils doivent donc être exclus du champ des produits encaissables retenus pour le calcul de la CAF.

Pour éviter toute surestimation de votre capacité d’autofinancement, vous devez systématiquement repérer les comptes 777 ou 747 dans le compte de résultat et vérifier qu’ils n’ont pas été comptés comme flux de trésorerie potentiels. Si la subvention a été effectivement encaissée lors d’un exercice précédent, le flux de trésorerie correspondant a déjà été pris en compte via la CAF de cette période. L’intégrer une seconde fois reviendrait à doubler son effet. Ce simple retraitement permet souvent de corriger des écarts importants entre la CAF calculée et la réalité des flux de trésorerie.

Méthode additive : construction de la CAF depuis le résultat net comptable

La seconde approche, dite « additive » ou « ascendante », part du résultat net comptable pour remonter à la capacité d’autofinancement. Elle est très utilisée en pratique car elle s’appuie directement sur le compte de résultat et sur quelques retraitements bien identifiés. Son principe est de réintégrer au résultat toutes les charges calculées (non décaissées) et de retrancher tous les produits calculés (non encaissés), tout en retraitant les cessions d’immobilisations et certaines subventions.

Si vous êtes dirigeant de PME ou responsable financier, cette méthode additive présente l’avantage d’être facilement automatisable dans un tableur ou un outil de reporting. Elle vous permet, à partir de la simple liasse fiscale, de reconstituer une CAF fiable sans devoir reclasser l’ensemble des flux d’exploitation. Elle est également privilégiée par les banques et les analystes financiers, qui raisonnent fréquemment à partir du résultat net et des soldes intermédiaires de gestion.

Réintégration des dotations aux amortissements et provisions dans le calcul additif

La première opération à réaliser dans la méthode additive consiste à réintégrer toutes les dotations aux amortissements, dépréciations et provisions qui ont été passées en charges dans le compte de résultat. Ces dotations réduisent le résultat net, mais ne correspondent pas à une sortie de trésorerie. En les ajoutant au résultat, vous corrigez donc la vision purement comptable pour vous rapprocher de la réalité économique des flux.

En pratique, vous devez additionner les comptes de la série 681, 686 et 687, en veillant à ne retenir que les dotations qui sont effectivement non décaissables. Les dotations aux amortissements des immobilisations, les provisions pour risques et charges, ainsi que les dépréciations d’actifs circulants sont autant d’exemples de charges calculées à réintégrer dans votre formule de calcul de la capacité d’autofinancement.

Ce retraitement est essentiel dans les secteurs industriels ou capitalistiques, où le poids des amortissements est particulièrement élevé. Sans cette réintégration, vous sous-estimeriez gravement la CAF et donc la capacité de votre entreprise à rembourser ses dettes ou à financer ses investissements futurs. C’est un peu comme si vous confondiez l’usure comptable de vos machines avec un véritable décaissement de trésorerie : l’outil vieillit, mais l’argent n’est pas sorti une seconde fois.

Correction des plus-values et moins-values de cession d’immobilisations

Les plus-values et moins-values de cession d’immobilisations figurent dans le résultat exceptionnel et viennent mécaniquement impacter le résultat net. Pourtant, elles ne reflètent pas en tant que telles la capacité de l’entreprise à générer de la trésorerie par son exploitation courante. Pour que la CAF reste un indicateur centré sur les flux récurrents, il est nécessaire de retraiter ces éléments en repartant des montants bruts de cession et de valeur comptable.

Dans la méthode additive, la règle est la suivante : vous ajoutez au résultat la valeur comptable des actifs cédés (compte 675 jusqu’en 2024 puis 657 à partir de 2025), car il s’agit d’une charge comptable non décaissable. Parallèlement, vous retranchez du résultat le produit de cession des actifs (compte 775 puis 757), qui est un produit encaissable mais qui ne doit pas être confondu avec un flux de trésorerie récurrent généré par l’exploitation.

En raisonnant ainsi, vous neutralisez l’effet de la plus-value ou de la moins-value comptable sur le résultat net et vous traitez l’encaissement de cession comme une opération de financement ou de désinvestissement, en dehors de la CAF. Cette séparation est cruciale lorsqu’on utilise la capacité d’autofinancement pour projeter la rentabilité future d’une entreprise : les ventes d’actifs ne se reproduiront pas chaque année, alors que l’activité d’exploitation, elle, se poursuit.

Neutralisation des reprises sur provisions et transferts de charges non encaissables

Après avoir réintégré les dotations, vous devez également neutraliser l’effet des reprises sur provisions et des transferts de charges qui n’ont pas donné lieu à encaissement. Les reprises (comptes 781, 786, 787) constituent des produits purement comptables : on diminue une provision constituée antérieurement, ce qui augmente le résultat net, mais aucun flux de trésorerie n’est généré au cours de l’exercice.

De la même manière, les transferts de charges (compte 791 jusqu’en 2024, technique amenée à disparaître progressivement avec la réforme du PCG) correspondent souvent à des reclassements de charges entre exercices ou entre rubriques. Ils ne doivent pas être assimilés à des encaissements. Dans le calcul de la capacité d’autofinancement par la méthode additive, ces produits calculés doivent donc être soustraits du résultat net pour ne conserver que les revenus effectivement encaissables.

Si vous ne neutralisez pas correctement ces produits non monétaires, vous risquez de surestimer votre CAF, ce qui peut entraîner des décisions d’investissement trop optimistes ou une appréciation excessive de votre capacité d’endettement. C’est un peu comme si vous considériez l’annulation d’une dépense future comme une entrée d’argent : votre trésorerie n’augmente pas pour autant, vous avez simplement moins de charges à payer.

Ajustement des produits et charges calculés selon le plan comptable général

Au-delà des dotations et reprises, la méthode additive implique un examen systématique de tous les produits et charges enregistrés au compte de résultat afin d’identifier ceux qui sont purement calculés. Le Plan Comptable Général fournit un cadre précis pour distinguer ces éléments. À partir de 2025, avec l’entrée en vigueur du règlement ANC 2022‑06, certains numéros de comptes évoluent, mais la logique économique reste identique : il s’agit de neutraliser tout ce qui n’a pas d’impact sur la trésorerie de l’exercice.

Vous devrez notamment porter une attention particulière aux quotes-parts de subventions d’investissement virées au résultat (compte 747), aux reprises sur dépréciations et provisions (comptes 781, 786, 787), ainsi qu’aux charges et produits exceptionnels calculés (certaines dotations 687 ou reprises exceptionnelles). L’objectif est toujours le même : ajuster le résultat net pour ne conserver que les flux encaissables et décaissables réellement observés sur la période.

Pour fiabiliser ce travail, beaucoup d’entreprises élaborent un tableau de passage standardisé entre le résultat net et la capacité d’autofinancement, qui reprend de manière exhaustive tous les comptes à réintégrer ou à neutraliser. Ce support, mis à jour en fonction des évolutions du PCG, devient un outil de pilotage précieux : il sécurise le calcul de la CAF année après année et permet de comparer vos performances dans le temps sans biais comptables.

Analyse comparative entre CAF et EBITDA dans le diagnostic financier

Dans le langage financier courant, la capacité d’autofinancement est souvent comparée à l’EBITDA, équivalent anglo-saxon de l’EBE élargi (Earnings Before Interest, Taxes, Depreciation and Amortization). Les deux indicateurs sont utilisés pour mesurer la performance opérationnelle et la génération de cash, mais ils ne recouvrent pas exactement le même périmètre. Comprendre leurs différences vous permet d’éviter les confusions dans vos analyses et vos négociations avec des investisseurs internationaux.

L’EBITDA se concentre essentiellement sur le résultat d’exploitation avant charges financières, impôts et amortissements. Il exclut donc les éléments exceptionnels et certaines charges ou produits non récurrents, mais il ne tient pas compte des charges et produits financiers ni des impôts sur le bénéfice. La CAF, quant à elle, part soit de l’EBE soit du résultat net, puis réintègre ou neutralise tous les éléments non monétaires pour approcher un flux potentiel de trésorerie global, après prise en compte des charges financières et de l’impôt.

Autrement dit, l’EBITDA est un indicateur de performance opérationnelle pure, tandis que la capacité d’autofinancement se rapproche davantage d’un cash-flow d’exploitation potentiel. Dans un diagnostic financier complet, il est pertinent d’utiliser les deux : l’EBITDA pour comparer la rentabilité opérationnelle entre entreprises ou secteurs, la CAF pour analyser la capacité réelle de remboursement et de financement des investissements. Selon la structure de votre compte de résultat (niveau d’endettement, poids de la fiscalité, importance des éléments exceptionnels), l’écart entre ces deux indicateurs peut être significatif.

Application pratique du calcul de la CAF sur un cas d’entreprise industrielle

Pour illustrer concrètement le calcul de la capacité d’autofinancement, imaginons une entreprise industrielle de taille moyenne, spécialisée dans la fabrication de composants mécaniques. Cette société réalise un chiffre d’affaires annuel de 10 millions d’euros et présente une structure de coûts fortement marquée par les achats de matières premières, les charges de personnel et les amortissements d’équipements de production. Son dirigeant souhaite évaluer sa capacité d’autofinancement avant de lancer un nouveau plan d’investissement de 2 millions d’euros sur trois ans.

Nous allons voir comment extraire les données pertinentes du bilan fonctionnel et du compte de résultat, traiter les opérations exceptionnelles et non récurrentes, puis calculer des indicateurs complémentaires comme le ratio de capacité d’autofinancement par action pour une éventuelle ouverture du capital. Vous pourrez ainsi transposer cette démarche à votre propre entreprise, quelle que soit sa taille ou son secteur.

Extraction des données du bilan fonctionnel et du compte de résultat détaillé

La première étape consiste à rassembler les états financiers de l’exercice : compte de résultat, bilan, annexes et, si possible, tableau des soldes intermédiaires de gestion. Pour calculer la CAF par les deux méthodes, vous devez identifier plusieurs blocs d’informations : l’EBE ou EBITDA, le résultat net, le détail des dotations et reprises, les produits et charges exceptionnels, ainsi que les opérations de cession d’immobilisations.

Dans notre exemple, supposons que l’entreprise affiche un EBE de 1,6 M€, un résultat net de 900 k€, des dotations aux amortissements et provisions de 450 k€, des reprises de 50 k€, et une cession de machine ayant généré un produit de cession de 120 k€ pour une valeur comptable nette de 80 k€. Le compte de résultat fait également apparaître 200 k€ de charges financières, 250 k€ d’impôt sur les bénéfices et 30 k€ de produits exceptionnels encaissables (indemnité d’assurance).

À partir du bilan fonctionnel, vous pouvez vérifier l’évolution du besoin en fonds de roulement et de la trésorerie nette, ce qui vous permettra ensuite de rapprocher la CAF des flux de trésorerie réels (cash-flow) et de valider la cohérence globale de vos calculs. Cette étape d’extraction de données est comparable au fait de rassembler toutes les pièces d’un puzzle avant de commencer à l’assembler : plus vos informations sont complètes et précises, plus l’image finale de votre capacité d’autofinancement sera fidèle.

Traitement des opérations exceptionnelles et non récurrentes dans le calcul

Dans une entreprise industrielle, les opérations exceptionnelles et non récurrentes peuvent impacter fortement le résultat d’un exercice : indemnités d’assurance, litiges, dépréciations exceptionnelles, cessions d’immobilisations, etc. Si vous ne les traitez pas correctement, la CAF obtenue risque de donner une image faussée de la capacité structurelle de l’entreprise à générer des ressources internes. Il est donc important d’isoler ces éléments pour distinguer ce qui relève du courant et de l’exceptionnel.

Dans notre cas, l’indemnité d’assurance de 30 k€ est un produit exceptionnel encaissable. Vous pouvez choisir de l’inclure dans la CAF si vous souhaitez mesurer la capacité globale de financement de l’exercice, mais il sera pertinent de calculer en parallèle une CAF « récurrente » en l’excluant, pour apprécier la performance durable de l’activité. De même, la plus-value de cession sur la machine (120 k€ – 80 k€ = 40 k€) sera neutralisée dans la méthode additive en réintégrant la valeur comptable et en retranchant le produit de cession.

En procédant ainsi, vous obtenez deux lectures complémentaires de la capacité d’autofinancement : une vision « totale » incluant l’ensemble des flux encaissables et décaissables de l’exercice, et une vision « normalisée » recentrée sur l’exploitation récurrente. Cette distinction est particulièrement utile si vous préparez un business plan ou un dossier de financement, car les partenaires financiers chercheront à savoir si les performances affichées sont reproductibles dans le temps.

Calcul du ratio de capacité d’autofinancement par action pour l’analyse boursière

Si l’entreprise industrielle est cotée ou envisage une ouverture de capital, la capacité d’autofinancement peut être rapportée au nombre d’actions pour obtenir un ratio de capacité d’autofinancement par action. Cet indicateur, proche dans son esprit du bénéfice par action (BPA), intéresse directement les investisseurs, car il leur donne une indication sur le flux potentiel de trésorerie généré pour chaque titre détenu.

Le calcul est simple : vous divisez la CAF globale de l’exercice par le nombre d’actions en circulation. Imaginons que notre entreprise dégage une CAF de 1,3 M€ et dispose de 650 000 actions : la CAF par action sera de 2 €. Un investisseur pourra alors comparer ce montant au dividende versé par action, au bénéfice par action ou encore au cours de bourse pour apprécier la capacité de la société à financer ses distributions et ses investissements sans recourir systématiquement à l’endettement.

Pour une analyse boursière plus fine, certains analystes calculent également la CAF nette par action, en retranchant de la CAF les remboursements de capital d’emprunt de l’exercice. Ce ratio met davantage en lumière la marge de manœuvre financière réellement disponible pour de nouveaux projets ou pour une hausse de la rémunération des actionnaires. Dans un contexte de marchés volatils, une entreprise affichant une CAF nette par action solide et régulière inspire généralement davantage confiance.

Exploitation de la CAF dans le tableau de financement et les ratios de solvabilité

Une fois la capacité d’autofinancement calculée avec rigueur, l’enjeu est de l’exploiter dans vos outils de pilotage, en particulier le tableau de financement et les principaux ratios de solvabilité. La CAF y joue un rôle central : elle constitue la source interne de financement sur laquelle s’articulent vos investissements, vos remboursements de dette et vos distributions de dividendes. Sans une CAF suffisante et régulière, la structure financière de l’entreprise devient plus fragile et sa dépendance aux financements externes augmente.

Dans le tableau de financement, la CAF apparaît en tête des ressources stables, aux côtés des augmentations de capital et des nouveaux emprunts. Elle permet de mesurer dans quelle proportion vos investissements ont été financés par des ressources internes plutôt que par l’endettement. Les analystes surveillent souvent le taux d’autofinancement des investissements (CAF / investissements nets), qui indique la part des dépenses d’investissement couvertes par la capacité d’autofinancement. Un taux durablement supérieur à 50 % est généralement perçu comme un signe de solidité.

Les ratios de solvabilité font également un usage intensif de la capacité d’autofinancement. Le ratio dette financière nette / CAF mesure le nombre d’années nécessaires pour rembourser l’endettement net grâce à la seule capacité d’autofinancement. Les banques apprécient en règle générale qu’il reste inférieur à 3 ou 4. De même, le ratio CAF / chiffre d’affaires vous renseigne sur la part de votre activité qui se transforme en ressource interne : une CAF représentant 10 % du chiffre d’affaires signifie que pour chaque euro vendu, 10 centimes sont potentiellement disponibles pour financer vos projets.

En combinant ces différents indicateurs, vous transformez la CAF en véritable boussole stratégique : elle vous aide à calibrer vos investissements, à négocier vos conditions bancaires, à définir votre politique de dividendes et à anticiper d’éventuelles tensions de trésorerie. En ce sens, maîtriser le calcul de la capacité d’autofinancement ne relève pas seulement de la technique comptable : c’est un levier clé pour piloter la croissance de votre entreprise en toute sécurité.