# Construire un tableau d’amortissement linéaire facilement
L’amortissement linéaire représente la méthode de comptabilisation la plus répandue pour constater la dépréciation progressive des immobilisations au sein d’une entreprise. Cette technique comptable, reconnue et acceptée par l’administration fiscale, permet de répartir de manière égale le coût d’acquisition d’un bien sur sa durée d’utilisation prévisible. Maîtriser la construction d’un tableau d’amortissement linéaire constitue une compétence essentielle pour tout professionnel de la comptabilité, entrepreneur ou gestionnaire financier. Cette démarche garantit non seulement la conformité aux normes comptables en vigueur, mais offre également une vision claire et précise de la valeur patrimoniale des actifs de votre structure. Comprendre les mécanismes sous-jacents et les outils disponibles vous permettra d’optimiser la gestion de vos immobilisations tout en respectant les obligations réglementaires.
Principes comptables de l’amortissement linéaire selon le PCG
Le Plan Comptable Général (PCG) établit un cadre rigoureux pour la comptabilisation des amortissements linéaires. Cette méthode repose sur le principe fondamental que chaque immobilisation subit une dépréciation régulière et prévisible au fil du temps, résultant de son usage, de son obsolescence technologique ou simplement du passage des années. La répartition systématique du montant amortissable s’effectue selon une approche mathématique simple qui garantit une charge annuelle constante, facilitant ainsi la planification budgétaire et l’analyse financière. Le PCG impose cette méthode comme référence minimale d’amortissement, ce qui signifie qu’une entreprise ne peut adopter un rythme d’amortissement inférieur à celui du linéaire sans justification comptable valable.
L’application de l’amortissement linéaire s’inscrit dans une démarche de sincérité comptable et de fidélité dans la représentation du patrimoine de l’entreprise. Cette approche permet également d’harmoniser les pratiques comptables entre différentes structures, facilitant ainsi les comparaisons sectorielles et l’évaluation financière. Les professionnels doivent comprendre que le choix de cette méthode engage l’entreprise sur toute la durée d’utilisation du bien, sauf circonstances exceptionnelles justifiant une révision du plan d’amortissement initial.
Calcul de la base amortissable et valeur résiduelle
La détermination de la base amortissable constitue la première étape cruciale dans l’établissement d’un tableau d’amortissement linéaire. Cette base correspond généralement à la valeur d’origine du bien, incluant le prix d’acquisition hors taxes, les frais de livraison, les coûts d’installation et tous les frais directement attribuables à la mise en état d’utilisation de l’immobilisation. Chaque euro investi pour rendre le bien opérationnel doit être intégré dans cette base de calcul, garantissant ainsi une représentation fidèle du coût réel supporté par l’entreprise.
La valeur résiduelle, quant à elle, représente le montant estimé qu’une entreprise obtiendrait de la cession du bien à la fin de sa durée d’utilisation, après déduction des coûts de sortie prévus. Dans la pratique courante, cette valeur résiduelle est souvent considérée comme négligeable ou nulle, simplifiant ainsi les calculs. Toutefois, pour certains actifs spécifiques comme les véhicules de fonction ou les équipements industriels spécialisés, l’estimation d’une valeur résiduelle significative peut s’avérer pertinente et modifier substantiellement le montant annuel des dotations aux amortissements.
Détermination de
Détermination de la durée d’utilisation et taux d’amortissement
La durée d’utilisation d’une immobilisation doit, selon le PCG, refléter sa durée probable d’utilisation par l’entreprise, et non sa durée de vie physique maximale. Concrètement, il s’agit d’estimer pendant combien d’exercices le bien contribuera à la production de richesses ou à l’activité de la structure. Cette estimation se fonde sur des données techniques (garanties constructeur, fréquence d’utilisation, conditions d’exploitation), sur l’expérience passée de l’entreprise et, lorsque c’est pertinent, sur les usages fiscaux admis par l’administration.
Une fois cette durée déterminée en années, le taux d’amortissement linéaire se calcule très simplement : taux d'amortissement = 100 % / durée d'utilisation (en années). Par exemple, une machine-outil amortie sur 5 ans présentera un taux d’amortissement linéaire de 20 % par an, tandis qu’un matériel informatique amorti sur 3 ans sera amorti à hauteur de 33,33 % par exercice. Ce taux reste constant sur toute la durée normale d’utilisation, sauf révision motivée du plan d’amortissement en cas de changement significatif dans les conditions d’utilisation du bien.
Prorata temporis et point de départ de l’amortissement
Le point de départ de l’amortissement linéaire ne correspond pas à la date de facturation ou de paiement, mais à la date de mise en service de l’immobilisation. C’est à partir de ce moment précis que le bien commence à procurer des avantages économiques à l’entreprise et que sa dépréciation doit être comptabilisée. Lorsque cette mise en service intervient en cours d’exercice, l’annuité d’amortissement de la première année doit être ajustée au prorata temporis.
En pratique, on retient généralement une année de 360 jours, composée de 12 mois de 30 jours, afin de simplifier les calculs. L’annuité de la première année se calcule alors de la façon suivante : annuité N = base amortissable × taux linéaire × (nombre de jours entre la mise en service et la clôture / 360). La dernière annuité sera également ajustée pour que le total des dotations pratiquées soit égal au montant amortissable, ni plus ni moins : la première et la dernière annuité se complètent ainsi pour reconstituer une année pleine.
Traitement des immobilisations décomposables
Le PCG impose, pour certaines immobilisations complexes, de recourir à la méthode dite par composants. Cette approche consiste à décomposer le bien en éléments significatifs ayant des durées d’utilisation différentes (par exemple, pour un immeuble : gros œuvre, toiture, installations techniques, aménagements intérieurs). Chaque composant fait alors l’objet d’un plan d’amortissement linéaire distinct, avec sa propre base amortissable et sa propre durée.
Cette décomposition permet de mieux refléter la réalité économique : certains éléments devront être remplacés plus rapidement que d’autres et ne peuvent donc pas être amortis sur la même période. Sur le plan pratique, le tableau d’amortissement linéaire sera donc multiplié par autant de composants significatifs que nécessaire. Vous obtenez ainsi une vision fine de la valeur nette comptable de chaque partie de l’actif, ce qui facilite aussi la gestion des travaux de remplacement ou de rénovation majeurs qui interviendront au cours de la vie de l’immobilisation.
Structure et composantes du tableau d’amortissement linéaire
Le tableau d’amortissement linéaire constitue la traduction chiffrée de l’ensemble des principes vus précédemment. Il s’agit d’un document structuré, généralement établi pour chaque immobilisation (ou composant) dès son entrée à l’actif, puis mis à jour à chaque clôture. Bien construit, ce tableau est à la fois un outil de conformité comptable, un support de pilotage de la valeur des immobilisations et un point d’appui pour la préparation de la liasse fiscale.
On y retrouve, exercice après exercice, les informations nécessaires pour suivre la dépréciation du bien : valeur d’origine, base amortissable, taux retenu, dotation annuelle, amortissements cumulés et valeur nette comptable. Vous pouvez le voir comme une « fiche de vie » de l’immobilisation, qui retrace année après année la partie du coût d’acquisition déjà consommée et celle qui reste à amortir.
Colonne valeur d’origine et valeur nette comptable
La première colonne d’un tableau d’amortissement linéaire rappelle généralement la valeur d’origine de l’immobilisation, c’est-à-dire le montant inscrit au compte d’actif (compte de la classe 2) lors de son acquisition. Cette valeur reste fixe tout au long de la durée d’utilisation, sauf opérations particulières (travaux incorporés, réévaluation, décomposition complémentaire). Elle constitue la référence de base pour comprendre le plan d’amortissement.
À l’autre extrémité du tableau, on retrouve la colonne « valeur nette comptable » (VNC), qui représente la valeur résiduelle du bien dans les comptes à la clôture de chaque exercice. Elle se calcule très simplement : VNC = valeur d'origine – amortissements cumulés. La VNC diminue année après année, comme le plein d’un réservoir qui se vide progressivement au rythme des dotations, jusqu’à rejoindre la valeur résiduelle estimée (souvent zéro) en fin de plan d’amortissement.
Dotation aux amortissements annuelle constante
Au cœur du tableau, la colonne des dotations aux amortissements met en évidence l’un des grands avantages du mode linéaire : le montant annuel est constant (hors prorata la première et la dernière année). Une fois la base amortissable et le taux déterminés, la dotation standard se calcule de façon mécanique : dotation annuelle = base amortissable × taux linéaire. C’est cette constance qui rend l’amortissement linéaire particulièrement lisible et prévisible pour la gestion.
Sur le tableau, la première ligne pourra présenter une dotation réduite si la mise en service a eu lieu en cours d’exercice, la deuxième jusqu’à l’avant-dernière afficheront la dotation pleine et la dernière présentera un montant ajusté au prorata. Pour vérifier la cohérence de votre plan, il suffit de contrôler que la somme de toutes les dotations correspond exactement au montant amortissable déterminé à l’origine : en cas d’écart, c’est le signe qu’une formule ou un prorata a été mal appliqué.
Cumul des amortissements et valeur résiduelle finale
La colonne « amortissements cumulés » retrace, exercice par exercice, le total des dotations déjà enregistrées depuis l’entrée du bien à l’actif. Elle se construit généralement de manière itérative : cumul N = cumul N-1 + dotation N. Ce suivi est indispensable pour connaître à tout moment l’ampleur de la dépréciation comptable constatée et pour alimenter correctement le compte 28 correspondant dans la balance générale.
La dernière ligne du tableau doit faire apparaître un cumul des amortissements égal à la base amortissable (ou à la valeur d’origine diminuée de la valeur résiduelle) et une valeur nette comptable égale à cette valeur résiduelle. Si vous avez considéré une valeur résiduelle nulle, la VNC finale sera logiquement de 0 €. C’est un point de contrôle simple mais essentiel pour s’assurer que le plan d’amortissement linéaire est complet et cohérent sur toute la durée de vie prévue du bien.
Gestion de l’exercice de cession ou mise au rebut
Lorsque l’immobilisation est cédée ou mise au rebut avant la fin de son plan d’amortissement, le tableau doit être arrêté à la date de sortie de l’actif. On calcule alors une dernière dotation au prorata temporis, depuis le début de l’exercice jusqu’à la date de cession ou de mise au rebut, afin de refléter la dépréciation intervenue sur cette période. La valeur nette comptable ainsi obtenue servira de base au calcul de la plus ou moins-value de cession.
Concrètement, le tableau d’amortissement linéaire permet de déterminer rapidement la VNC au jour de sortie, en soustrayant le cumul des amortissements de la valeur d’origine. La différence entre le prix de cession et cette VNC constituera la plus-value ou moins-value à comptabiliser. En cas de mise au rebut sans contrepartie financière, la VNC est directement enregistrée en charge exceptionnelle, ce qui met un terme à la « vie comptable » de l’immobilisation.
Méthodes de construction sur excel et google sheets
Si de nombreux logiciels de comptabilité intègrent aujourd’hui des modules de gestion des immobilisations, une grande partie des TPE et petites structures continuent de bâtir leur tableau d’amortissement linéaire sur Excel ou Google Sheets. Ces outils offrent une grande souplesse et permettent d’automatiser une grande partie des calculs à moindre coût. L’enjeu consiste alors à structurer correctement le fichier et à sécuriser les formules pour éviter les erreurs de saisie ou de méthode.
Une bonne pratique consiste à distinguer un onglet « base immobilisations », qui recense chaque bien avec ses caractéristiques (date de mise en service, durée, base amortissable, taux), et un onglet « plan d’amortissement » dans lequel les dotations sont calculées automatiquement pour chaque exercice. Vous bénéficiez ainsi d’une vue globale et d’une vision détaillée, tout en limitant la duplication des informations.
Fonction VDB et formules de calcul automatisées
Excel et Google Sheets proposent nativement des fonctions d’amortissement (comme AMORLINC ou VDB), mais celles-ci sont souvent davantage adaptées à l’amortissement dégressif. Pour un amortissement linéaire classique, les formules à mettre en place restent simples et plus lisibles si vous les construisez directement. Vous pouvez, par exemple, calculer le taux en référence à la durée et la dotation en multipliant ce taux par la base.
Dans un tableau d’amortissement linéaire, une structure type pourrait être la suivante : en ligne 1, vous saisissez la base amortissable, la durée et la date de mise en service ; en ligne 2 et suivantes, vous créez des formules du type =Base × Taux × (NombreDeJours/360) pour la première et la dernière année, puis =Base × Taux pour les années pleines. À partir de là, le cumul des amortissements s’obtient grâce à une simple formule de somme progressive, et la valeur nette comptable par différence entre la base et le cumul.
Tableaux croisés dynamiques pour le suivi multi-actifs
Dès que vous gérez plusieurs dizaines d’immobilisations, la lecture individuelle de chaque plan d’amortissement devient vite fastidieuse. C’est là que les tableaux croisés dynamiques (TCD) d’Excel ou de Google Sheets peuvent devenir de précieux alliés. En structurant vos données sous forme de table (une ligne par immobilisation et par exercice, avec les champs « dotation », « cumul », « VNC », etc.), vous pouvez ensuite les analyser de manière synthétique.
Un TCD vous permettra, par exemple, de connaître en un clic le montant total des dotations aux amortissements linéaires par année, par type d’immobilisation (matériel, mobilier, véhicules, immeubles), par centre de coût ou encore par projet. Vous obtenez ainsi une vue consolidée de l’effort d’investissement et de la charge d’amortissement future, ce qui est très utile pour la construction de vos budgets et la préparation de vos comptes annuels.
Mise en forme conditionnelle et validation des données
Pour fiabiliser un tableau d’amortissement linéaire sur tableur, il est recommandé d’exploiter les fonctionnalités de mise en forme conditionnelle et de validation des données. La mise en forme conditionnelle peut par exemple surligner automatiquement les lignes pour lesquelles la somme des dotations ne correspond pas à la base amortissable ou celles dont la durée renseignée sort des fourchettes usuelles (par exemple, un ordinateur amorti sur 15 ans).
La validation des données, quant à elle, permet de limiter les erreurs de saisie en imposant des listes déroulantes (pour le type d’immobilisation ou le mode d’amortissement), des bornes minimales et maximales (pour les durées) ou encore des formats de date cohérents. En combinant ces fonctionnalités, vous transformez un simple fichier Excel ou Google Sheets en véritable outil de contrôle interne pour la gestion de vos amortissements linéaires.
Modèles prédéfinis et macros VBA personnalisées
Pour gagner du temps, il est possible de partir d’un modèle prédéfini de tableau d’amortissement linéaire, qu’il s’agisse d’un fichier que vous concevez une fois pour toutes ou d’un gabarit téléchargé et adapté à vos besoins. L’objectif est de standardiser la structure (colonnes, formules, contrôles) afin de réduire au minimum les paramétrages à chaque nouvel investissement. Vous uniformisez ainsi la présentation de vos plans d’amortissement et facilitez leur revue par un expert-comptable ou un commissaire aux comptes.
Dans un environnement Excel avancé, vous pouvez aller plus loin en développant des macros VBA qui automatisent la création de nouveaux plans d’amortissement à partir des données de base. En quelques clics, la macro peut générer un tableau complet sur la durée totale de l’immobilisation, préremplir les formules, appliquer les contrôles et même mettre à jour un tableau de synthèse global. Cette automatisation est particulièrement intéressante pour les entreprises qui enregistrent régulièrement de nouvelles immobilisations.
Logiciels comptables spécialisés pour l’amortissement
Au-delà des tableurs, de nombreux logiciels comptables intègrent des modules dédiés à la gestion des immobilisations et à l’amortissement linéaire. Ces solutions spécialisées offrent un cadre plus sécurisé, avec des contrôles intégrés, une gestion fine des plans d’amortissement et une parfaite synchronisation avec la comptabilité générale. Elles sont particulièrement adaptées dès que le volume d’immobilisations devient important ou que les exigences de reporting se renforcent.
L’un des principaux avantages de ces logiciels est l’automatisation de l’ensemble du cycle de vie de l’immobilisation : création de la fiche, paramétrage du plan d’amortissement linéaire, calcul automatique des dotations, génération des écritures comptables et suivi de la valeur nette comptable. Vous limitez ainsi les risques d’erreur manuelle et gagnez un temps précieux lors des clôtures périodiques.
Paramétrage dans sage 100 comptabilité et ciel compta
Dans des solutions comme Sage 100 Comptabilité ou Ciel Compta (aujourd’hui intégré à Sage), la gestion des amortissements linéaires repose sur la création de fiches d’immobilisations détaillées. Lors de la saisie, vous indiquez la nature du bien, sa valeur d’origine, la date de mise en service, la durée d’utilisation et le mode d’amortissement. Le logiciel calcule automatiquement le taux linéaire et génère le plan d’amortissement correspondant.
À chaque clôture d’exercice, Sage ou Ciel Compta propose les écritures de dotation aux amortissements à passer en comptabilité générale, en alimentant les comptes 28 et 681 adaptés. En cas de cession ou de mise au rebut, la fonctionnalité de sortie d’immobilisation permet de calculer instantanément la valeur nette comptable et la plus ou moins-value de cession. Vous disposez ainsi d’un historique complet de l’immobilisation, intégré directement dans vos états comptables.
Automatisation avec EBP comptabilité pro et QuickBooks
EBP Comptabilité Pro et QuickBooks offrent également des modules ou des fonctionnalités de suivi des immobilisations, adaptés aux PME et aux structures en croissance. Dans EBP, vous pouvez paramétrer des familles d’immobilisations avec des durées d’amortissement linéaire par défaut (informatiques, véhicules, mobilier, etc.), ce qui accélère grandement la création des fiches. Le logiciel se charge ensuite de calculer les dotations à chaque période et de générer les écritures correspondantes.
QuickBooks, très orienté cloud et facilité d’utilisation, propose un suivi des immobilisations plus simplifié mais efficace pour les petites structures. Une fois le bien saisi avec son coût et sa durée, le système produit automatiquement les amortissements linéaires à inclure dans les charges de l’exercice. Cette automatisation réduit la charge administrative et vous permet de vous concentrer sur l’analyse de vos investissements plutôt que sur la mécanique des calculs.
Solutions cloud pennylane et tiime pour PME
Les solutions cloud comme Pennylane ou Tiime se positionnent comme des plateformes de pilotage financier complètes pour les PME et les indépendants. Elles intègrent désormais des fonctions de gestion des immobilisations et d’amortissement linéaire, pensées pour être accessibles même à des utilisateurs non comptables. L’idée est de proposer une interface intuitive où vous renseignez le minimum d’informations (type de bien, montant, date, durée) et où la plateforme se charge du reste.
Ces outils en ligne présentent l’avantage d’être connectés en temps réel à votre comptabilité, à vos flux bancaires et parfois même à vos factures fournisseurs. Les dotations aux amortissements linéaires viennent automatiquement alimenter le compte de résultat et le bilan, et sont prises en compte dans les tableaux de bord de trésorerie et de performance. Pour une petite structure qui souhaite professionnaliser sa gestion sans investir dans une infrastructure lourde, cette approche cloud peut constituer une solution particulièrement pertinente.
Écritures comptables et intégration au bilan
La construction d’un tableau d’amortissement linéaire n’a de sens que si elle s’accompagne d’un enregistrement rigoureux des écritures comptables correspondantes. Chaque dotation annuelle doit être correctement ventilée entre les comptes de charges et les comptes d’amortissements, afin de refléter la consommation d’avantages économiques tout en maintenant l’immobilisation à son coût historique à l’actif du bilan. C’est cette articulation entre plan d’amortissement et comptabilisation qui garantit la fiabilité des états financiers.
En pratique, l’amortissement linéaire se traduit par des écritures récurrentes à la clôture de chaque exercice, parfois même de manière mensuelle pour les entreprises qui souhaitent lisser la charge sur l’année. Le tableau d’amortissement sert alors de référence pour déterminer le montant exact de la dotation à enregistrer et le solde à reporter d’un exercice à l’autre.
Comptes 28 amortissements et 681 dotations aux amortissements
Sur le plan comptable, la dotation aux amortissements linéaires se traduit par un débit d’un compte de charges de la classe 6, généralement le compte 6811 – Dotations aux amortissements sur immobilisations corporelles ou 6816 – Dotations aux amortissements sur immobilisations incorporelles. En contrepartie, on crédite le compte d’amortissement correspondant dans la classe 28 (par exemple, 28182 – Amortissements du matériel de transport ou 2805 – Amortissements des constructions).
Cette écriture n’affecte pas directement le compte d’immobilisation de la classe 2, qui reste inscrit à sa valeur d’origine. C’est la combinaison du compte 2 (valeur brute) et du compte 28 (amortissements cumulés) qui permet de déterminer la valeur nette comptable dans le bilan. Le tableau d’amortissement linéaire assure la cohérence entre ces différents niveaux d’information, en faisant le lien entre la charge de l’exercice et la dépréciation cumulée du bien.
Impact sur le compte de résultat et l’actif immobilisé
L’enregistrement des dotations aux amortissements linéaires a un double impact sur les états financiers. D’une part, la charge constatée en compte 681 vient diminuer le résultat d’exploitation de l’exercice, ce qui se traduira mécaniquement par une réduction du résultat imposable (sous réserve des retraitements fiscaux éventuels). D’autre part, l’augmentation du compte 28 au bilan réduit la valeur nette comptable des immobilisations, reflétant la perte de valeur liée à l’utilisation du bien.
On peut considérer l’amortissement linéaire comme un « étalement » du coût d’acquisition sur la durée d’utilisation : plutôt que de supporter une charge massive l’année d’achat, l’entreprise répartit cet effort de manière régulière sur plusieurs exercices. Cette approche améliore la lisibilité des comptes et permet une meilleure mise en correspondance entre les charges et les produits générés par l’utilisation de l’actif (principe de « rattachement des charges aux produits »).
Déclarations fiscales 2050 à 2059 et liasse fiscale
Sur le plan fiscal, les amortissements linéaires doivent être présentés dans les tableaux de la liasse, notamment dans les formulaires 2050 à 2059 pour les sociétés soumises à l’impôt sur les sociétés. Le tableau des immobilisations et amortissements permet de détailler, par grande catégorie d’actifs, les mouvements de l’exercice : acquisitions, cessions, entrées et sorties, dotations et amortissements cumulés en fin de période.
Le tableau d’amortissement linéaire que vous tenez en interne sert ainsi de base à la complétion de ces états fiscaux. Il vous permet de justifier le montant des dotations comptabilisées, de vérifier la conformité des durées d’amortissement avec les usages fiscaux lorsque vous y avez recours, et d’anticiper d’éventuels écarts entre amortissement comptable et amortissement fiscal (source potentielle d’amortissements dérogatoires). Une bonne maîtrise de cet outil facilite grandement le dialogue avec votre expert-comptable ou votre service fiscal lors de la préparation de la liasse.
Cas pratiques et exemples sectoriels d’application
Pour rendre plus concrète la construction d’un tableau d’amortissement linéaire, il est utile d’observer comment ces principes s’appliquent dans différents secteurs d’activité. Chaque domaine présente en effet des typologies d’immobilisations, des durées d’utilisation et des enjeux de gestion qui lui sont propres. Pourtant, le socle méthodologique reste le même : déterminer une base amortissable, choisir une durée pertinente, calculer un taux linéaire et suivre la dépréciation du bien dans le temps.
Que vous soyez à la tête d’une entreprise industrielle, d’un cabinet de services, d’une structure de location meublée ou d’une activité de transport, la maîtrise de ce mécanisme vous permettra d’anticiper l’impact de vos investissements sur le résultat et le bilan. Voyons quelques illustrations.
Cas d’un matériel industriel en PME de production
Imaginons une PME industrielle qui acquiert en avril N une machine de production pour 80 000 € HT, avec 5 000 € de frais de livraison et de mise en service. La base amortissable sera de 85 000 €, la mise en service intervient le 15 avril et la durée d’utilisation est estimée à 10 ans. Le taux d’amortissement linéaire sera donc de 10 % par an. L’entreprise clôturant au 31 décembre, la première annuité sera calculée au prorata temporis sur 8,5 mois, soit 255 jours sur 360.
Le tableau d’amortissement linéaire présentera une première dotation de 85 000 × 10 % × (255/360), puis des annuités de 8 500 € pour les années N+1 à N+9, et une dernière annuité ajustée pour que le cumul atteigne exactement 85 000 €. Ce cas illustre bien l’importance du prorata temporis et l’effet de l’amortissement linéaire sur la charge annuelle de la PME, qui pourra anticiper son impact sur le résultat tout au long de la période.
Cas d’un parc informatique dans une société de services
Dans une société de services numériques, les immobilisations principales sont souvent constituées de matériel informatique et de logiciels. Supposons qu’une société renouvelle son parc de postes de travail en janvier N pour un montant total de 30 000 € HT, avec une durée d’utilisation retenue de 3 ans. Le taux d’amortissement linéaire sera de 33,33 % et les dotations annuelles s’élèveront à 10 000 € pendant trois exercices consécutifs, sans besoin de prorata si la mise en service intervient au début de l’exercice.
Le tableau d’amortissement linéaire permettra ici de visualiser la rapidité de la dépréciation comptable de ces actifs, en cohérence avec l’obsolescence technologique rapide du matériel. Il servira aussi d’outil de pilotage pour planifier les futurs renouvellements de parc et pour mesurer l’impact budgétaire des investissements informatiques, souvent stratégiques dans ce type de société.
Cas d’un immeuble décomposé en location meublée (LMNP)
Dans le cadre d’une activité de location meublée non professionnelle (LMNP) au régime réel, l’amortissement linéaire joue un rôle clé dans l’optimisation du résultat fiscal. Prenons l’exemple d’un appartement acquis 250 000 € frais inclus, dont on estime la part du terrain à 20 %. La base amortissable de la construction sera donc de 200 000 €, décomposée en plusieurs composants : gros œuvre, toiture, installations techniques, aménagements intérieurs, chacun avec sa propre durée (par exemple, 50 à 80 ans pour le gros œuvre, 25 ans pour la toiture, 15 ans pour les aménagements).
Le tableau d’amortissement linéaire par composants permettra de suivre séparément la dépréciation de chaque partie du bien, tout en calculant une dotation totale annuelle qui viendra diminuer les revenus locatifs imposables. Ce cas met en lumière la puissance de l’amortissement linéaire pour lisser le coût de l’investissement immobilier sur une longue période, tout en respectant les règles spécifiques applicables au statut LMNP et à la comptabilité d’engagement.