# Le plan comptable association simplifié expliqué clairement
La gestion financière d’une association loi 1901 repose sur un cadre comptable spécifique, distinct de celui des entreprises commerciales. Le plan comptable associatif, régi par le règlement ANC n°2018-06 applicable depuis le 1er janvier 2020, constitue l’outil fondamental pour enregistrer et retracer l’ensemble des opérations financières de votre structure. Contrairement au plan comptable général des entreprises, ce référentiel prend en compte les particularités des organismes sans but lucratif : absence de capital social, présence de subventions publiques, valorisation du bénévolat, et gestion de fonds dédiés. Maîtriser cette nomenclature devient indispensable dès lors que votre association dépasse certains seuils de financement ou emploie des salariés. Cette connaissance vous permettra non seulement de respecter vos obligations légales, mais également d’optimiser votre pilotage budgétaire et de renforcer la transparence vis-à-vis de vos membres, donateurs et financeurs publics.
Nomenclature et architecture du plan comptable associatif selon le règlement ANC n°2018-06
Le règlement de l’Autorité des normes comptables n°2018-06 a profondément modernisé la comptabilité associative en adaptant les exigences du plan comptable général aux réalités des structures à but non lucratif. Cette réforme, entrée en vigueur en 2020, a introduit des comptes spécifiques et des règles de comptabilisation adaptées aux ressources particulières des associations. La nomenclature s’articule autour de huit classes principales, chacune correspondant à une catégorie d’opérations distincte.
L’architecture générale conserve la logique du plan comptable général tout en l’enrichissant de comptes dédiés aux spécificités associatives. Vous retrouverez ainsi les comptes de bilan (classes 1 à 5) qui présentent le patrimoine de l’association à un instant donné, et les comptes de gestion (classes 6 et 7) qui retracent les flux de charges et de produits sur un exercice comptable. La classe 8, spécifique aux associations, enregistre les contributions volontaires en nature, un élément distinctif majeur de la comptabilité associative.
Structure des classes comptables 1 à 7 adaptée aux organismes sans but lucratif
La classe 1 regroupe les comptes de capitaux propres, appelés fonds associatifs dans le vocabulaire associatif. Vous y trouverez notamment le compte 102 pour les fonds associatifs sans droit de reprise, le compte 110 pour le report à nouveau, et le compte 12 pour enregistrer le résultat de l’exercice (excédent ou déficit). Cette classe intègre également les subventions d’investissement (compte 13) et les provisions pour risques et charges (compte 15). La particularité réside dans l’absence de compte de capital social, remplacé par la notion de fonds associatifs qui reflète l’accumulation des excédents non distribués.
Les classes 2 à 5 conservent une structure similaire au plan comptable général : immobilisations (classe 2), stocks (classe 3), comptes de tiers (classe 4) et comptes financiers (classe 5). Toutefois, certains comptes sont adaptés aux réalités associatives. Par exemple, le compte 411 devient le compte « adhérents » plutôt que « clients », reflétant la nature non commerciale de la relation. La classe 4 inclut également des comptes spécifiques comme le compte 45 pour les relations avec les fédérations et unions d’associations, une particularité du secteur associatif.
Comptes de charges par nature : classe 6 et spécificités des
associations. Contrairement à une entreprise classique, la plupart des petites structures n’ont pas besoin de découper leurs charges de façon très fine par destination (projet A, projet B, etc.) : la classe 6 en comptabilité d’association est donc organisée principalement par nature de dépense (achats, loyers, salaires, assurances…). Cela permet de lire très rapidement « où part l’argent » de l’association. Le règlement ANC n°2018-06 n’a pas changé cette logique, mais il a précisé certains traitements, notamment pour les frais de bénévoles, les contributions volontaires en nature ou encore les taxes et impôts spécifiques.
Concrètement, vous utiliserez par exemple les comptes 60 pour les achats (fournitures, marchandises, matières consommées), 61 pour les services extérieurs (loyer, entretien, locations de salles), 62 pour les autres services extérieurs (honoraires, publicité, frais de déplacement), 64 pour les charges de personnel ou encore 65 pour les autres charges de gestion courante (assurances, adhésions à des réseaux, petites subventions versées). Les comptes 68 et 69, souvent négligés par les petites associations, restent essentiels : ils regroupent les dotations aux amortissements et provisions (68) et l’impôt sur les bénéfices le cas échéant (69), par exemple si l’association exerce une activité lucrative imposable. Une bonne utilisation de ces comptes de charges par nature est la base d’un plan comptable associatif clair et lisible.
Comptes de produits : classe 7 avec cotisations, subventions et dons
En miroir de la classe 6, la classe 7 enregistre tous les produits de l’association : ce qui « rentre » dans les caisses. Le plan comptable associatif simplifié distingue les produits d’activité (ventes, prestations de services, billetterie), les subventions, les cotisations et les dons. Le compte 70 regroupe les ventes de produits finis, les prestations de services et les ventes de marchandises : vous l’utiliserez, par exemple, pour les recettes d’une buvette, la vente de tee-shirts ou les entrées payantes à un spectacle. Les comptes 74 et 75 sont au cœur de la spécificité associative, car ils accueillent respectivement les subventions d’exploitation et les autres produits de gestion courante (dont une partie des dons et cotisations).
Les cotisations des adhérents sont généralement comptabilisées en compte 756 ou 7561 selon la précision souhaitée, tandis que les dons manuels sans contrepartie sont enregistrés en 754. Les subventions de fonctionnement, qu’elles proviennent d’une mairie, d’un département ou d’un ministère, sont portées en compte 74 dès que leur obtention est certaine. Enfin, les produits financiers (compte 76) et les produits exceptionnels (compte 77) complètent l’architecture : même si votre association n’a pas vocation à spéculer, les intérêts de compte bancaire ou un abandon de créance peuvent devoir être enregistrés dans ces comptes. L’objectif, là encore, est de donner une image fidèle et transparente de l’origine de vos ressources.
Comptes de bilan : actif immobilisé et fonds associatifs en classe 1
Les comptes de bilan complètent ce panorama en décrivant le patrimoine de l’association : ce qu’elle possède (actif) et ce qu’elle doit (passif). Pour une association, l’élément le plus spécifique du passif réside dans les fonds associatifs (classe 1), qui remplacent le capital social des sociétés commerciales. Vous y enregistrez les apports initiaux (compte 102), les excédents cumulés non distribuables (report à nouveau en 110) et le résultat de l’exercice (compte 12) avant son affectation. Les subventions d’investissement (compte 13) et les fonds dédiés (compte 19) complètent cette classe en permettant d’identifier les ressources dont l’association dispose à long terme pour financer ses projets.
À l’actif, la classe 2 recense les immobilisations : locaux achetés, matériel informatique, mobilier, véhicule, voire logiciels ou site internet, enregistrés respectivement en comptes 21, 2183, 2184, 2182 ou 205. La classe 3 accueille les stocks (par exemple des tee-shirts invendus ou des marchandises pour un futur événement), la classe 4 les créances et dettes vis-à-vis des tiers (fournisseurs, adhérents, État, organismes sociaux) et la classe 5 la trésorerie (banque, caisse, valeurs mobilières de placement). Même dans une association de petite taille, tenir à jour ces comptes de bilan permet de savoir, à tout moment, de quels moyens vous disposez réellement pour mener votre projet associatif.
Codification des comptes fournisseurs et tiers dans le système simplifié
Le suivi des relations avec les tiers (fournisseurs, adhérents, salariés, État, organismes sociaux) est un autre pilier du plan comptable association simplifié. La classe 4 regroupe l’ensemble de ces comptes de tiers et reste structurée de manière proche du plan comptable général, avec toutefois quelques aménagements terminologiques (clients → adhérents, par exemple). Dans une petite ou moyenne association, bien organiser ces comptes facilite la gestion de trésorerie : vous savez quelles factures restent à payer, quelles cotisations sont encore dues et quels montants de charges sociales seront prélevés.
Le système simplifié ne vous oblige pas à utiliser des centaines de comptes détaillés, mais il vous invite à structurer a minima les principaux flux. Vous pouvez ensuite créer des comptes auxiliaires pour suivre plus finement certains partenaires clés : par exemple un compte fournisseur par imprimeur ou loueur de salle, ou un compte adhérent par membre important si vous gérez des créances significatives. Cette granularité est particulièrement utile si vous devez justifier l’usage de subventions auprès des financeurs publics.
Compte 401 fournisseurs et gestion des dettes d’exploitation courantes
Le compte 401 « Fournisseurs » est le point de passage obligé de toutes les factures d’achats ou de prestations non encore réglées. Concrètement, lorsque vous recevez une facture de location de salle, d’imprimerie ou de matériel, vous enregistrez la charge en classe 6 (par exemple en 613 ou 606) et la dette correspondante au crédit du compte 401. Au règlement, vous débitez le compte 401 et créditez le compte 512 « Banque ». Cette mécanique permet de distinguer clairement la date de l’engagement (facture) et celle du paiement effectif.
Dans un plan comptable associatif simplifié, vous pouvez vous contenter d’un seul compte 401 global, mais rien ne vous empêche de le subdiviser (401001 Imprimeur X, 401002 Loueur de salle Y, etc.) pour un meilleur suivi. Cette approche est particulièrement utile lorsque l’association gère plusieurs événements ou projets simultanés, avec des fournisseurs récurrents. Savoir, à tout moment, combien vous devez encore à vos fournisseurs est indispensable pour éviter les tensions de trésorerie et négocier sereinement les délais de paiement si nécessaire.
Compte 411 adhérents et membres : créances sur cotisations
Dans une association, les « clients » sont souvent remplacés par des adhérents : le plan comptable reprend cette réalité en transformant le compte 411 « Clients » en compte 411 « Adhérents et usagers ». Vous l’utiliserez si vous gérez des cotisations ou des prestations qui ne sont pas payées immédiatement. Par exemple, si l’assemblée générale décide du montant de la cotisation annuelle, mais que certains membres la règlent plusieurs semaines plus tard, vous pouvez enregistrer une créance en 411 pour refléter ce droit à encaissement.
En pratique, de nombreuses petites associations encaissent les cotisations au moment même de l’inscription et passent directement l’écriture en produits (compte 756) et en banque (512) sans utiliser le 411. Cependant, dès que les montants deviennent significatifs ou que les règlements sont étalés, le recours au compte 411 améliore la fiabilité du suivi : vous visualisez immédiatement qui doit encore quoi à l’association. Là encore, des comptes auxiliaires par adhérent peuvent être créés si le volume le justifie.
Comptes 437 et 443 : organismes sociaux et état pour les associations employeuses
Dès qu’une association emploie au moins un salarié, la relation avec les organismes sociaux et l’État devient centrale dans sa comptabilité. Le compte 437 « Autres organismes sociaux » sert à enregistrer les dettes envers les caisses de retraite complémentaire, la mutuelle, la prévoyance, ou certains organismes paritaires. Le compte 431 « Sécurité sociale » est utilisé pour l’URSSAF, tandis que le compte 443 « État – Subventions à recevoir » (et plus largement les 44) servent à enregistrer les créances et dettes vis-à-vis du Trésor public.
Concrètement, lors de l’enregistrement d’un bulletin de paie, vous comptabilisez le salaire brut et les charges sociales en comptes 641 et 645, puis les dettes correspondantes en 431, 437 et parfois 421 (salaires nets à payer). Au moment du règlement, les comptes de trésorerie (512, 53) sont crédités et les comptes de tiers (431, 437, 421) sont débités. Ce jeu d’écritures permet de suivre précisément les montants dus et de s’assurer que toutes les obligations sociales et fiscales de l’association employeuse sont bien respectées.
Traitement comptable des subventions et financements publics
Les subventions et financements publics constituent souvent une part importante, voire majoritaire, des ressources d’une association. Le plan comptable associatif simplifié prévoit donc des règles spécifiques pour différencier clairement les subventions de fonctionnement, les subventions d’investissement et les financements affectés à un projet précis. Cette distinction n’est pas qu’une question technique : elle conditionne la manière dont les financeurs publics pourront contrôler l’utilisation des fonds et la façon dont vous présenterez vos comptes à l’assemblée générale.
De manière générale, les subventions de fonctionnement (ou d’exploitation) sont enregistrées en produits de l’exercice au compte 74, tandis que les subventions d’investissement sont inscrites en capitaux propres (compte 13) puis reprises progressivement en résultat au fur et à mesure de l’amortissement du bien financé. Les fonds dédiés viennent, eux, isoler les ressources affectées à un projet ou à une mission future, afin de ne pas les confondre avec les ressources immédiatement disponibles. Vous le voyez : bien maîtriser ces mécanismes vous évite des malentendus avec vos financeurs et vous donne une vision plus fidèle de la situation financière réelle de l’association.
Subventions de fonctionnement en compte 74 : comptabilisation immédiate
Les subventions de fonctionnement, aussi appelées subventions d’exploitation, ont pour objet de couvrir les charges courantes de l’association : salaires, loyers, frais de fonctionnement, organisation d’actions régulières. Dès lors que la notification de subvention est acquise (décision officielle, convention signée), vous pouvez l’enregistrer en produit au compte 74 « Subventions d’exploitation », même si le versement effectif intervient plus tard. Ce principe d’engagement permet d’associer la subvention à l’exercice au cours duquel elle est accordée.
À la réception du versement, vous comptabilisez simplement l’encaissement en débitant le compte 512 (Banque) et en créditant le compte 4417 ou 4418 (subventions à recevoir) si vous aviez déjà enregistré la créance, ou directement le 74 si ce n’était pas le cas. Une question fréquente est : « Dois-je étaler la subvention sur plusieurs exercices si le projet dure deux ans ? » En principe, si la subvention finance un projet pluriannuel clairement identifié, il sera plus cohérent d’utiliser des fonds dédiés ou de comptabiliser une partie de la subvention en produits constatés d’avance, afin de respecter le principe de rattachement des charges aux produits.
Subventions d’investissement compte 13 : étalement par reprises au compte 777
Les subventions d’investissement financent l’acquisition ou la création d’un bien immobilisé (salle, véhicule, matériel, travaux importants…). Elles ne doivent pas être comptabilisées en produits de fonctionnement dès leur obtention : elles sont d’abord enregistrées en capitaux propres au compte 131 ou 138, selon leur nature. En parallèle, le bien financé est inscrit à l’actif en immobilisations (classe 2) et amorti sur sa durée d’utilisation probable. L’idée, ici, est que la subvention « suit » la vie du bien dans le temps.
Chaque année, vous passez alors une reprise de subvention au compte 777 « Quote-part des subventions d’investissement virée au résultat » pour un montant proportionnel à l’amortissement du bien. Par exemple, si une subvention de 10 000 € a financé un matériel amorti sur 5 ans, vous reprendrez 2 000 € par an au compte 777 en contrepartie du compte 139. Ce mécanisme peut sembler un peu technique, mais il évite de gonfler artificiellement le résultat d’une seule année et reflète mieux la réalité économique : l’association consomme la subvention au même rythme qu’elle consomme le bien.
Contributions volontaires en nature : comptes 870000 et 875000
Le règlement ANC n°2018-06 a rendu obligatoire la comptabilisation des contributions volontaires en nature pour les associations qui établissent des comptes annuels complets. Il s’agit notamment des heures de bénévolat, des mises à disposition gratuites de salles, de matériel ou de services. Ces contributions n’entrent pas dans le résultat, mais elles sont présentées en bas du compte de résultat, en classe 8, pour refléter la réalité économique de l’activité associative. On parle souvent des comptes 86 et 87, et dans de nombreux plans comptables simplifiés on trouve des déclinaisons comme 870000 (charges) et 875000 (ressources).
Concrètement, vous enregistrez simultanément une « charge » en compte 870000 (par exemple valorisation du temps bénévole) et une « ressource » en compte 875000 (contribution en nature des bénévoles). Le montant retenu repose sur une estimation raisonnable (par exemple un taux horaire de référence pour le bénévolat ou le coût de location normal d’une salle). Cette double écriture n’a pas d’impact sur l’excédent ou le déficit de l’association, mais elle permet de montrer aux financeurs et aux membres le poids réel du bénévolat et des apports en nature dans le fonctionnement de la structure. C’est un peu comme allumer la lumière sur tout un pan de votre activité qui, autrement, resterait invisible dans les chiffres.
Fonds dédiés et ressources affectées selon le règlement CRC n°99-01
Les fonds dédiés constituent un mécanisme essentiel pour gérer les ressources affectées à un projet précis lorsque celles-ci n’ont pas encore été utilisées à la clôture de l’exercice. Issus initialement du règlement CRC n°99-01, repris et complétés par le règlement ANC n°2018-06, ils sont comptabilisés en compte 19 « Projets associatifs et fonds dédiés » au passif du bilan. Ils permettent de « mettre de côté » une partie des produits (subventions, dons affectés) qui doit servir à financer des actions futures clairement définies dans une convention ou un appel à projets.
À la clôture, vous transférez du compte de produit (74, 75, 754, etc.) vers le compte 19 la fraction des ressources non encore consommées, via le compte 689 « Dotations aux provisions et fonds dédiés ». L’année suivante, au fur et à mesure de la réalisation du projet, vous reprenez les fonds dédiés au résultat via le compte 789. Ce système revient un peu à créer des « tiroirs » dans vos fonds propres, chacun correspondant à un projet accompagné de ressources qui lui sont réservées. C’est un outil précieux pour prouver aux financeurs que les sommes non encore dépensées restent bien affectées au projet pour lequel elles ont été accordées.
Gestion des fonds propres et réserves associatives
Dans une association, les fonds propres prennent la forme de fonds associatifs, de réserves et de résultats reportés. Ils traduisent la capacité de la structure à absorber des aléas, à cofinancer des projets ou à investir sans dépendre uniquement des subventions. Le compte 102 regroupe les fonds associatifs sans droit de reprise (apports initiaux, dotations), tandis que le compte 103 peut accueillir les fonds avec droit de reprise, par exemple pour certaines fondations ou associations spécifiques. Les réserves statutaires ou facultatives sont enregistrées dans des sous-comptes de la série 106.
À chaque clôture, l’excédent ou le déficit de l’exercice, enregistré en compte 12, doit être affecté par décision de l’assemblée générale : mise en réserve, report à nouveau, affectation à un projet, voire reconstitution de fonds dédiés. Une gestion prudente consiste, lorsque l’association le peut, à constituer progressivement une réserve de sécurité équivalente à quelques mois de charges fixes. Cette « épargne de précaution » renforce la crédibilité de l’association auprès des banques et des financeurs, tout en lui offrant une marge de manœuvre pour anticiper les crises ou lancer de nouvelles actions.
Écritures comptables courantes : journal des opérations courantes et banque
Au-delà de la théorie, le plan comptable association simplifié doit surtout vous aider au quotidien pour enregistrer vos écritures courantes : dons, cotisations, achats, salaires, règlements bancaires, etc. La tenue du journal, qu’il soit papier ou informatisé, consiste à inscrire chronologiquement chaque opération en précisant le ou les comptes débités et crédités, ainsi que la date, le libellé et le montant. La plupart des associations fonctionnent avec au moins deux journaux : un journal banque (compte 512) et un journal des opérations diverses (OD) pour les écritures d’inventaire, provisions, amortissements.
L’utilisation rigoureuse du plan comptable vous permet d’automatiser une partie de ces enregistrements grâce aux modèles d’écritures proposés par les logiciels comptables. Vous pouvez, par exemple, paramétrer un modèle pour les dons manuels, un autre pour les salaires, un autre pour les factures fournisseurs, ce qui limite les risques d’erreur. En vous appuyant sur cette « grille de lecture » qu’est le plan comptable associatif, vous transformez peu à peu la comptabilité en un véritable outil de gestion, et non en une simple contrainte administrative.
Enregistrement des dons manuels et legs : comptes 754 et 756
Les dons manuels sont au cœur du financement de nombreuses associations, qu’il s’agisse de dons ponctuels, de campagnes de collecte ou de parrainages. Comptablement, ils sont enregistrés en compte 754 « Collectes et dons manuels », sauf lorsque l’association choisit de distinguer plus finement plusieurs types de dons (dons affectés, dons récurrents, etc.). Les legs et donations, quant à eux, sont en principe comptabilisés en compte 757 « Leg et donations », souvent à la date de leur acceptation lorsqu’ils sont soumis à autorisation administrative.
Les cotisations des adhérents, qui donnent accès à la qualité de membre et au droit de vote, sont généralement comptabilisées en compte 756 « Cotisations ». Une difficulté fréquente consiste à distinguer cotisation et participation à une activité (par exemple un droit d’entrée à un cours ou à un atelier) : dans ce cas, la partie correspondant à la cotisation reste en 756, tandis que la partie correspondant à la prestation est enregistrée en 706. Documenter cette distinction dans le règlement intérieur ou les décisions de l’assemblée générale est une bonne pratique pour éviter les ambiguïtés, notamment vis-à-vis de l’administration fiscale.
Achats de fournitures et prestations : comptes 606 et 611
Les achats de fournitures courantes (papier, petits matériels, consommables, fournitures de bureau ou de manifestation) sont généralement enregistrés en compte 606. Il peut être pertinent, dans un plan comptable associatif simplifié, de créer des sous-comptes (6061 Fournitures administratives, 6063 Fournitures pour événements, etc.) afin de mieux analyser les dépenses par type d’activité. Les achats de marchandises destinées à être revendues (buvette, boutique associative, vente d’objets) sont, eux, comptabilisés en 607.
Les prestations de services externes, telles que locations de salles, honoraires, maintenance informatique, frais de nettoyage ou de gardiennage, sont enregistrées principalement en comptes 611 et 615. Le compte 611 « Locations » accueillera, par exemple, les loyers de votre local ou les locations ponctuelles de salles de spectacle, tandis que les comptes 62 (autres services extérieurs) peuvent regrouper les honoraires d’expert-comptable, de graphiste ou de formateur. En utilisant de manière cohérente ces comptes d’achats et de prestations, vous obtenez une vision claire du coût réel de vos actions, ce qui est précieux pour bâtir un budget prévisionnel réaliste.
Charges de personnel : comptes 641 et 645 pour salaires et charges sociales
Dès qu’une association emploie des salariés, la maîtrise des charges de personnel devient un enjeu central. Le compte 641 enregistre les rémunérations brutes (salaires, primes, indemnités), tandis que le compte 645 regroupe les charges sociales patronales (cotisations URSSAF, retraite, prévoyance, mutuelle). À cela peuvent s’ajouter le compte 647 pour certaines autres charges de personnel (médecine du travail, formation professionnelle) et le compte 648 pour les autres charges sociales éventuelles.
Chaque mois, à partir des bulletins de paie, vous passez une écriture qui débite les comptes 641 et 645 et crédite les comptes de tiers correspondants (421, 431, 437). Au moment du paiement des salaires et des charges sociales, vous débitez ces comptes de tiers et créditez le compte 512 Banque. Beaucoup de petites associations craignent la complexité de ces écritures, mais les logiciels de paie et de comptabilité facilitent grandement le processus en générant automatiquement les ventilations. L’essentiel est de comprendre la logique : le 641 et le 645 représentent le coût complet du personnel pour l’association, information indispensable pour piloter votre budget.
Clôture annuelle et documents de synthèse obligatoires pour associations
La clôture annuelle marque le moment où l’association dresse un bilan de son année comptable. Même dans une structure de petite taille, le plan comptable associatif simplifié conduit à produire au minimum un compte de résultat et un bilan, complétés, le cas échéant, par une annexe. Ces documents de synthèse permettent de présenter une image fidèle du patrimoine, de la situation financière et du résultat de l’association à une date donnée. Ils servent de support à l’assemblée générale pour approuver les comptes et, le cas échéant, affecter le résultat.
Les obligations exactes dépendent de la taille de l’association, de la nature de ses financements et de son statut (association reconnue d’utilité publique, association employeuse importante, organisme recevant plus de 153 000 € de subventions publiques, etc.). Plus l’association est grande et financée par des fonds publics, plus les exigences en matière de présentation des comptes, de nomination éventuelle d’un commissaire aux comptes et de publication d’informations détaillées augmentent. Dans tous les cas, respecter la structure du plan comptable association simplifié vous permet de passer ce cap de clôture annuelle avec bien plus de sérénité.
Compte de résultat simplifié : excédent ou déficit de l’exercice
Le compte de résultat récapitule, sur l’exercice, l’ensemble des charges (classe 6) et des produits (classe 7) de l’association. Présenté dans un format simplifié, il met en évidence l’excédent (si les produits sont supérieurs aux charges) ou le déficit (si c’est l’inverse). Contrairement à une entreprise commerciale, cet excédent n’a pas vocation à être distribué à des actionnaires : il vient renforcer les fonds associatifs et financer de futures actions. Le déficit, lui, doit être analysé et, si possible, comblé par des mesures correctrices ou des ressources complémentaires.
Le compte de résultat simplifié distingue généralement plusieurs niveaux : résultat d’exploitation (activité courante), résultat financier (produits et charges liés à la trésorerie et aux placements) et résultat exceptionnel (opérations non récurrentes). Les récentes évolutions du plan comptable général, applicables à partir de 2025, impactent partiellement cette présentation en redéfinissant notamment la notion de résultat exceptionnel. Pour un dirigeant associatif, l’important est de pouvoir répondre à une question simple : « Quels sont les principaux postes de charges et de produits qui expliquent notre résultat cette année ? »
Bilan actif-passif et présentation du fonds associatif
Le bilan présente, à une date donnée (généralement le 31 décembre), l’actif et le passif de l’association. À l’actif figurent les immobilisations, les stocks, les créances et la trésorerie ; au passif, les fonds associatifs, les réserves, le résultat de l’exercice, les provisions et les dettes. Le poste le plus emblématique, en haut du passif, est le fonds associatif, qui matérialise la part des ressources qui appartiennent durablement à l’association et ne peuvent être distribuées. C’est en quelque sorte le « matelas » financier qui soutient votre projet dans la durée.
Pour une association, lire son bilan revient un peu à faire l’inventaire de tout ce qu’elle possède et de tout ce qu’elle doit. Avez-vous suffisamment de trésorerie pour faire face à vos dettes à court terme ? Le niveau de vos immobilisations est-il cohérent avec la taille de votre structure ? Vos réserves sont-elles suffisantes pour absorber un exercice déficitaire ? En prenant l’habitude de comparer le bilan d’une année sur l’autre, vous pouvez suivre l’évolution de votre solidité financière et anticiper les besoins de financement futurs.
Annexe simplifiée : mentions obligatoires selon les seuils réglementaires
L’annexe complète le bilan et le compte de résultat en apportant des informations qualitatives et chiffrées qui ne figurent pas directement dans ces deux états. Dans un format simplifié, elle précise notamment les principales méthodes comptables retenues (amortissements, valorisation des contributions en nature), les engagements hors bilan éventuels, le détail des subventions significatives, la répartition des fonds dédiés ou encore les engagements pris envers le personnel. Selon les seuils réglementaires (taille, montant des subventions publiques, effectif salarié), certaines associations sont tenues d’établir une annexe plus détaillée et de nommer un commissaire aux comptes.
On peut voir l’annexe comme un espace de pédagogie financière : c’est là que vous pouvez expliquer, avec vos mots, les chiffres présentés dans les tableaux. Pourquoi le résultat est-il en forte hausse ou en baisse ? Quel est l’impact d’un nouveau projet financé sur plusieurs années ? Comment avez-vous estimé la valeur des contributions volontaires en nature ? Plus votre annexe est claire et transparente, plus vos membres, donateurs et partenaires institutionnels auront confiance dans la gestion de votre association et dans la sincérité de ses comptes.